LE SITE DU CERCLE GRAMSCI

A PROPOS DU SQUAT DU 21 BOULEVARD DE LA CORDERIE


  

 

Ouverture à Limoges d’un squat le 26 avril 2002

Devant le nombre important de personnes sans logis, avec ou sans papiers, un collectif DDAL(Défense du Droit au Logement) s'est créé à Limoges. Ce collectif est composé d'AC!, AGEL Solidarité-Etudiant, Action Lycéenne, CNT 87, F.A, SCALP, Sud Etudiant, des habitants du squat et d’individus.

Depuis le 26 avril 2002, une maison inhabitée depuis plus de deux ans située au 21 boulevard de la Corderie et appartenant à la ville de Limoges est occupée par le collectif et une quinzaine de personnes y ont trouvé un toit.

Face aux besoins logistiques d'une telle action, le collectif a sollicité le soutien moral, financier ou matériel des Verts. Il a également souhaité son soutien politique pour élargir la mobilisation dans la défense du droit au logement et les a cordialement invités à participer à leurs AG hebdomadaires qui se tiennent tous les lundi.

Ce collectif bien organisé a un fonctionnement très démocratique ; toutes les décisions sont prises après consultation des occupants et les conflits sont gérés au coup par coup lors de ces AG.

 

Le squat est une forme d'auto-organisation dans la précarité, une échappatoire à la violence de la rue et pour certains une échappatoire à l'assistanat. Il permet à ceux qui n'ont pas accès aux logements d'urgence d'avoir d'autres solutions lorsque les réseaux de solidarité primaire sont insuffisants. Le squat a donc essentiellement une fonction de logement pour ses occupants qui, dans la plupart des cas, s'y installent en espérant pouvoir s'y maintenir " tranquillement " aussi longtemps que possible. Il ne s'agit pas de présenter le squat comme une solution univoque au problème du logement des plus défavorisés mais de " pointer " la manière dont ces espaces précaires peuvent conduire leurs occupants à réaliser un certain nombre de constructions et de reconstructions d'ordre matériel ou identitaire.

Les squatters sont des occupants sans droit ni titre qui, de ce fait, ne bénéficient pas ou que très partiellement des mesures de protection accordées aux locataires en impayés de loyer, et des avancées récentes en matière de droit au logement. Ainsi certains squats sont-ils expulsés au cœur de la trêve de l'hiver souvent sans aucune mesure de relogement. Un squat expulsé, ce peut être la fin d'un lieu " marqué par la violence, la délinquance et la toxicomanie "(cf. revue Partage, juin-juillet 2002) mais ce peut être dans le même temps la fin d'un réseau de sociabilité, d'entraides, de formes de solidarité dont l'ancrage précisément était le squat et qui finiront avec lui.

Face à l' incapacité à concevoir le squat autrement que comme un problème à résoudre, les squatters posent des interrogations et proposent des réflexions sur l'errance des jeunes, les insuffisances de l'assistance, la fragilité des émigrés, la brutalité de l'individualisme.

Donnons-nous les moyens d'écouter les squatters qui nous indiquent des alternatives à cet individualisme : aspirations à la vie en collectivité, à d'autres formes du vivre ensemble et à d'autres modes d'habiter. C'est peut-être en observant les squats que nous arriverons à l'invention de nouvelles formes d'action. 

 

Christine Juchereau.