LE SITE DU CERCLE GRAMSCI

Armand Gatti en limousin : Mai/Juin/Juillet 2009

Les ateliers

 

Historique :

Renaissance / Résistances / Retrouvailles
Armand Gatti en Limousin
et sur le plateau de Millevaches (2005-2008….)

La rencontre d'Armand Gatti avec le cercle Gramsci eut lieu en juin 2005. Tardive, comme certaines vendanges (Gatti était octogénaire, le Cercle avait 20 ans d'activités), cette rencontre marqua les grandes retrouvailles de l'auteur avec le Limousin. Elle fut au départ d'une étonnante réaction en chaîne.

Quelques événements clés

La découverte du livre Chemin de résistances :
En juin 2005 Armand Gatti est en Corrèze ; Manée Teyssandier de l'association Peuple et Culture lui remet le livre, Georges Guingouin, chemin de Résistances (éditions Lucien Souny - cercle Gramsci 2003). Gatti s'empare passionnément de l'ouvrage.
Un contact est aussitôt pris avec le Cercle.

Invité d'honneur aux 20 ans du cercle Gramsci. La lecture à Gentioux :
Quelques semaines après, l'écrivain combattant fête les vingt ans du cercle Gramsci. Dans la chaleur d'une convivialité emplie de chants et de discussions, des projets se forment.
Automne 2005, Guingouin est mort. Par une coïncidence extraordinaire, Armand Gatti apprend la nouvelle à Limoges en se rendant à Gentioux pour faire une lecture, à notre invitation. Arrivé là-bas, Gatti tombe dans les bras d'un de ses anciens camarades de maquis. Il y a beaucoup de monde à la veillée de Gentioux et il est question, pêle-mêle, de Raoul, de la Résistance, de la Chine de la Longue Marche, de physique quantique... Le poète nous conte des malheurs que nous ne soupçonnons pas : la violence et la séparation qui nous habitent à cause des représentations du monde, anciennes et actuelles, qui nous amènent, souvent à notre insu, à détruire nos sources de vie : nos liens vitaux à la nature et à l'univers.
Le lendemain, Armand Gatti se rend à la ferme de la Berbeyrolle (Corréze) où il prit le maquis. Il y retrouve dans leur verticalité son trou, ses arbres et ses morts. L'ombre immense de Raoul - Lo Grand - les enveloppe.

Un poème universel en hommage à Georges Guingouin :
Le printemps suivant, Gatti rend hommage au Libérateur de Limoges en offrant un grand poème : Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin, poème rendu impossible par les mots du langage politique qui le hantent, mais dont les arbres de la forêt de la Berbeyrolle maintiennent le combat, par son toujours maquisard “Don qui ?” ,fut édité à Limoges aux éditions Le bruit des autres en collaboration avec le cercle Gramsci

La lecture à la Berbeyrolle :
Le 23 septembre 2006, sous l'orage, dans l'enceinte de la ferme des paysans limousins qui, en 1942, à 18 ans, le recueillirent et le planquèrent, Armand Gatti lut pendant deux heures, devant plus de deux cents personnes, son hommage à Georges Guingouin, au Limousin et à l'esprit de résistance.
La première pierre du Refuge des Résistances était posée.

Le Refuge des Résistances Armand Gatti - Plateau de Millevaches :
Avec ses compagnons d'ici et d'ailleurs, le projet de faire sur ce plateau aux mille sources un Refuge des résistances prit à ce moment force d'évidence. Le Refuge sera notamment destiné à accueillir les résidences de création de Gatti .
Les liens et contacts avec des acteurs locaux laissent deviner de fructueuses et possibles complicités : par exemple, un projet de bibliothèque s'annonce à Faux la Montagne. Plus largement, l'idée d'une Université européenne de création semble s'imposer.
L'œuvre d'Armand Gatti est sans doute une de celles qui interroge le plus profondément notre temps. S'y retrouvent l'histoire européenne (celle de l'Allemagne, de la France, l'Espagne, l'Italie, de la Russie), l'histoire des pays-continents (Amériques, Chine) et les questions posées par la grande mutation de la physique quantique.
Le Limousin a été naguère un des centres du monde. Le Plateau des mille sources fut le centre d'une résistance. Le Refuge des résistances doit devenir le pôle d'une réflexion multiple, face à la destruction programmée des langues, des langages, des espèces….
Autour d'Armand Gatti, d'amis limousins du Plateau, de Tulle (Peuple et Culture, Théâtre de la Luzège), de Limoges (cercle Gramsci), le projet émerge. Ses promoteurs veulent le partager et l'élargir. Ils appellent tous ceux qui se sentent concernés par cette expérience en devenir à les rejoindre. Une association ayant son siège à Peyrelevade) a été créée le 27 janvier 2008 pour édifier le projet avec toutes celles et tous ceux qui sont motivés par cette idée urgente et nécessaire : il faut résister !

L'association
Refuge des résistances Armand Gatti (plateau de Millevaches)
Extraits des statuts
Article 2 : Cette association a pour objet de résister à la société spectaculaire et marchande en faisant vivre sur et à partir du plateau de Millevaches, des lieux ou des moments ouverts de formations, réflexions, créations, recherches, rencontres internationales, dans le prolongement de l'esprit de résistance et des questionnements portés par et avec Armand Gatti dans et autour de son œuvre.
Expérience

Repartant de la forêt maquisarde, le poète dramaturge avec l'association Refuge des résistances Armand Gatti (plateau de Millevaches) proposent de travailler avec les gens du territoire, de partir de leur parole, pour entrer dans un processus créatif et d'intervention renouvelée face aux ravages de nos temps destructeurs. En quelque sorte, entrer ensemble en révolution culturelle.
La vie, l'oeuvre, la trajectoire unique d'un créateur
A l'école, à Monaco, ses petits camarades l'appelaient " salami ". En les battant sur leur propre terrain, celui de la langue française, lui, le fils d'immigrés piémontais, a gagné son sésame pour une existence démultipliée. Résistant, déporté, Armand Gatti a été successivement journaliste (prix Albert Londres en 1954), cinéaste, auteur de plus de cinquante pièces de théâtre, et metteur en scène. A la fois poète et homme d'action - pour lui, les deux se confondent -, il a arpenté tous les fronts du siècle, du Guatemala à l'Irlande du Nord, de l'Algérie à Cuba.
Aujourd'hui, Gatti figure dans le dictionnaire (Petit Robert des noms propres), mais il ne reste connu que d'un cercle d'inconditionnels.

Le lieu

Le lieu est fondamental. Le plateau de Millevaches représente dans l'histoire personnelle de Gatti celui de sa seconde naissance. C'est là, en 1942, que l'adolescent de 17 ans, bardé de livres et de rêves, orphelin et révolté, se retrouve dans les maquis de Guingouin. L'hostilité du monde et l'évidence de l'action l'y conduisent sans détour. De Monaco où il est né et a vécu son enfance, où son père, militant anarchiste, vient de se faire assassiner par les policiers au cours d'une manifestation, il part sans détour là où, à ses yeux, il fallait être. "L'endroit juste" dira-t-il plus tard. En ce temps-là, l'endroit juste avait les allures d'un trou dans la forêt de la Berbeyrolle, près de la ferme du même nom, commune de Tarnac, département de la Corrèze, plateau de Millevaches, Limousin.

La forêt de la Berbeyrolle
Une définition par les mots de Gatti
Berbeyrolle : sur le plateau de Millevaches, forêt magique qui servit de refuge aux Brigades internationales, puis devint le premier maquis du Massif central. On y lisait Antonio Gramsci pendant les heures de garde et, tout autour, les arbres répondaient. La Parole errante (tome III - p 1736)

Proposition d'une expérience unique en son genre. Un chantier en quatre étapes :

Difficile de définir ce qui va se passer. Ce que Gatti a fait, ce que Gatti veut faire ne ressemble guère à quelque chose qui soit labellisable d'une estampille facile et rassurante : spectacle, pièce de théâtre, stage, recherche artistique, installation, intervention culturelle, création, résidence...
S'il faut un mot, un seul, ce pourrait être EXPERIENCE. Entre hypothèses et inconnu, entre désir et nécessité, entre littérature et opération scientifique, entre possible et utopie.
Un "cheminement" dont les étapes ne se découvriront qu'au fur et à mesure de l'avancée. Quelques repères pour ne pas s'égarer, quelques balises pour laisser deviner les richesses et les promesses d'une telle aventure - la dernière, peut-être, de l'artiste.

Point de départ :

La traversée des langages est un ouvrage à paraître aux éditions Verdier rassemblant les textes d'Armand Gatti écrits au cours des dix dernières années.
L'expérience en Limousin aura le privilège d'inaugurer cette importante parution.
Cette expérience avec Gatti se propose en effet de mettre à l'épreuve les recherches et conceptions issues de cette œuvre, probablement la seule dans la littérature contemporaine qui pose aussi profondément et directement la problématique de la refondation de la culture aujourd'hui. C'est-à-dire l'exigence d'une transformation culturelle et de notre rapport au monde, afin de faire face aux enjeux sans précédent du présent : détérioration accélérée du vivant, des ressources naturelles, de l'environnement, de la nature. C'est au fond le rapport avec nous même, aussi bien que le rapport social, qui est en jeu.
Quel langage choisir ?
“Une prise de conscience fondamentale”
L'idéogramme (l'écriture chinoise notamment)
" Avec l'idéogramme on a, dans un signe, un trait qui veut dire quelque chose, un autre qui signifie autre chose, un autre trait encore autre chose, etc. Et puis ces traits ensemble, forment encore autre chose qui signifie autre chose.
Ainsi l'idéogramme existe déjà dans tout. Avec l'idéogramme l'homme a la possibilité d'essayer de “dire la nature”, de communiquer. C'est la même chose pour la théorie quantique, “découverte” par les physiciens au 20ème siècle.
Ce fut donc une victoire pour l'homme d'avoir introduit l'idéogramme dans la langue. "
L'alphabet (les écritures alphabétiques)
" Ce que nous appelons un mot tiré de l'alphabet (a, b, c, d..), c'est déjà le commencement du monde industriel. Pour être moderne il fallait passer par la mathématique, contrôler par les mathématiques, devenir de plus en plus une fabrique à robots. C'est comme cela que les choses s'expriment. Le résultat final est que tout devient monnaie et chose qui se paye. "

La réalité et les langages
" Telle chose si vous la dite en langage mathématique c'est une chose, dite en langage philosophique c'est autre chose, en langage poétique encore autre chose.... La réalité est toujours “balayée” qu'elle que soit la façon de le dire. Toujours.
Le langage choisi pour notre expérience sera donc la traversée des langages , c'est-à-dire “faire du travail qu'on va faire une traversée des langages”. "
Le yin et le yang : " langage d'univers "
" Qu'avons-nous de palpable en matière de langage d'univers ? Le yin et le yang (là encore on retrouve les chinois).
Cela correspond au masculin et au féminin, cela veut dire encore le soleil et la lune etc. Ce qui renvoie effectivement à un langage d'univers dans la mesure où on y voit la possibilité d'un renouvellement : la terre avec ce qui se fait, ce qui pousse, ce qu'il y a etc. Et, essayer d'avoir un langage avec cette nature, c'est essayer d'entrer dans tout ce qui est nous, dans tout ce qui vit.
On a les arbres, on a les animaux, on a mille choses. Et là-dessus qu'est-ce qu'on fait ? On abat les forêts. De même avec les animaux dont les espèces disparaissent. C'est le seul langage qu'on ait !
N'oublions pas que les arbres sont les seuls à pouvoir parler avec le soleil. C'est ce langage (chlorophyllien) qui leur sert de nourriture. N'oublions pas que nous sommes nés d'un courant d'air qui a soufflé, disent les savants, sur une “algue bleue” (cyanobactérie) donnant le système de création terrestre : monde animal, monde végétal… ".
Propos d'A.Gatti (à Beaubier - Creuse, le 4 août 2008).


Première étape :
Au commencement, faire parler la terre aux mille sources, ses arbres, ses saisons… : recommencer le maquis
Gatti explique : "Il faut d'abord faire parler cette terre-là, ces arbres-là .
C'est vous, c'est votre terre, c'est votre rapport, votre discussion avec elle qui est important. C'est évidemment ma façon de retourner dans le maquis."
L'expérience commence donc par un appel à l'écriture.
Chantier d'écriture…
faire parler la terre aux mille sources, ses arbres, ses saisons…
A l'attention de touTEs et de chacunE.
Depuis plusieurs années, des femmes et des hommes d'ici, des associations culturelles, artistiques, citoyennes… cheminent avec l'œuvre de Gatti. Les rencontres avec lui, qui jalonnent ce parcours, ont donné naissance à un grand projet autour de la permanence de l'idée de résistance.
Ce projet qui aura plusieurs étapes, plusieurs formes, implique donc la présence prolongée d'Armand Gatti en Limousin dans les temps qui viennent.
En premier lieu, nous allons ouvrir ensemble un grand chantier d'écriture auquel vous êtes toutes et tous conviés.
Il s'agit dès maintenant d'entamer (ou de reprendre) un dialogue avec la terre d'ici, avec les arbres, avec tous ce qui pousse, avec les horizons et les vents et les ciels qui dessinent notre coin de monde. Il s'agit d'écrire notre rapport secret, personnel avec ces éléments, avec le pays d'ici : faire parler ce qui y est extraordinaire, pour nous.
Cette écriture peut-être organisée ou pas, repérable ou pas, il importe surtout qu'elle soit libre, au plus près de ce que nous ressentons.
Il importe aussi que chacunE, avec ou sans expérience de l'écriture, se sente invitéE à faire cette tentative, même si c'est la première fois … Toutes les écritures ont leur place.
Dans quelques semaines nous donnerons nos textes, nos mots, nos bribes, nos images… sur feuilles de papier ou sur cassettes à Armand Gatti.

Envoyez vos écrits au Bottom Théâtre (2, rue de la Bride 19000 Tulle / lebottom@wanadoo.fr)

Le texte de Gatti, imprégné des récits ainsi collectés, fera l'objet d'une création montée par Marie Piere Bésanger avec un groupe de personnes volontaires, et montrée en Limousin au cours de l'été 2009. Ce sera le commencement de l'expérience.

Deuxième étape :
Les femmes en noir de Tarnac : travail de création à partir d'une posture emblématique et fondamentale de résistance.
Après, Gatti propose une pièce sur cet épisode de la résistance corrézienne auquel Malraux se réfère dans son célèbre discours de 1964 lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Gatti : "Pour moi, le maquis ça a été ça : la figure des femmes en noir !"

 

CREATION DU REFUGE DES RESISTANCES ARMAND GATTI