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Les
psychothérapies |
Depuis 1999 l'État s'intéresse aux psychothérapies par le biais soit de la loi,
soit d'expertises, soit d'arrêtés modifiant d'autorité les contenus des
enseignements universitaires de la psychologie. Ces initiatives
gouvernementales, ministérielles ou parlementaires ont donné lieu à des débats,
parfois vifs chez les professionnels, dans un contexte de recherche d'économie
des dépenses de santé et de négation des pathologies liées aux conditions de
travail ou de vie des personnes. L'État recherche de nouvelles façons de soigner
au moindre coût, d'où ce nouvel intérêt pour certaines thérapies rééducatives
adaptatives, héritées du béhaviorisme (Watson et Skinner), appelées aujourd'hui
Thérapies cognitivo comportementales, d'où aussi l'attention portée au mentorat
(coaching), ou pour des plantes comme le millepertuis (un antidépresseur
naturel) à l'exemple de nos voisins allemands.
Il est vrai que la consommation de psychotropes semble considérable dans notre
pays comme l'est la " pandémie " d'états dépressifs ou d'obésité au sein de la
population. On interroge rarement les raisons de ces pandémies et leur lien avec
l'ensemble de la société ; au contraire, on préfère définir une réalité à
laquelle la personne doit s'adapter quelles que soient les conditions de cette
réalité et sans remettre en question son caractère parfois pathologique. La
recherche du verdict de la réalité peut avoir des effets désastreux pour les
personnes en souffrance psychique. Les psychoses, les délires, les dépressions
ne sont ni des maladies mentales organiques, ni des inadaptations, mais des
modalités d'existence humaine pour survivre ou vivre mentalement selon des
contraintes d'organisation psychiques et sociales à travers les métamorphoses de
son histoire. En général, on ne définit pas ce qu'on entend par psychothérapie
et on ne s'arrête guère sur les ressorts de l'influence du psychothérapeute.
Cette influence et ce qu'elle manifeste est troublante voire franchement
inquiétante.
Trop longtemps, ce débat a été cantonné à l'opposition
comportementalisme-psychanalyse. S'il s'agit d'un débat digne d'intérêt et qu'on
aurait tort de mésestimer car s'y jouent les questions de l'émancipation des
personnes et de la laïcité des méthodes, il faut considérer, au-delà,
l'utilisation que l'État veut faire de " l'attente croyante " par les
psychothérapies et les religions. Ce sont donc, au fond, des nouvelles
gouvernementalités que recherche l'État pour répondre à l'absence de sens, à la
dépression générale d'une civilisation. Le débat psychanalyse/thérapies
adaptatives doit donc trouver son moment politique pour être pertinent et
éclairer les nouvelles manières pour l'État de répondre aux conséquences des
désordres économiques et à celles du déséquilibre des finances publiques.
Bibliographie sommaire
L'État et les psychothérapies, F. Gosselin et P. Viard, L'Harmattan, 2006.
Des bienfaits de la dépression, P. Fédida, Odile Jacob, 2001.
Les exilés de l'intime, R. Gori, Erès, 2007.
La guérison infinie, L. Binswanger et A. Warburg, Rivages, 2007.
L'analyse profane, Freud Œuvres complètes Psychanalyse XVIII, Puf, 1994.
L'avenir d'une illusion, Freud Œuvres complètes Psychanalyse XVIII, Puf, 1994.
Naissance du bio politique, M. Foucault, cours au Collège de France, Gallimard,
2004.
Moi Pierre Rivière, préface de M. Foucault, Gallimard, 2007.
" Motifs du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin ", J. Lacan, in De la
psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Seuil, 1975.
Les conférenciers
Françoise Gosselin et Philippe Viard sont psychologues cliniciens, Docteurs en
Psychopathologie clinique et Psychanalyse de l'Université Denis Diderot.
Françoise Gosselin exerce dans un centre de consultation pour enfants et
adolescents, Philippe Viard exerce à l'hôpital près de patients affectés par la
maladie d'Alzheimer, de démences et de polypathologies chroniques. Ils sont
membres du Cercle Condorcet.