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S’informer sur l’information Pierre Rimbert |
Rarement le gouffre qui sépare les journalistes de
ceux qu’ils prétendent informer n’aura été aussi profond. L’unanimisme des
médias en faveur du “oui” au projet de traité pour une Constitution européenne
en 2005, leur accompagnement empressé des “réformes” libérales et la dégradation
de la qualité de l’information ont renforcé la défiance des usagers de la
presse. Mais le monde politique reste sourd à ce mouvement de critique. Pour
conquérir ou conserver les faveurs des médias, les élus veillent à ne pas les
critiquer, et à ne pas mécontenter leurs propriétaires.
Le rapport de forces entre la politique et le journalisme penche depuis une
vingtaine d’années en faveur du journalisme. Emissions spéciales, sondages,
interviews, “petites phrases” : les dirigeants éditoriaux monopolisent la mise
ens scène d’une vie démocratique réduite à l’affrontement de personnalités. Ils
se sont aussi arrogésle pouvoir de préselectionner les candidats afin de réduire
le scrutin présidentiel aux dimensions d’une primaire entre candidats agréés par
la classe dirigeante et, en son sein, par les industriels qui possèdent la
presse. “Oui, j’assume : nous roulons pour le bipartisme. Parce que la vraie
démocratie c’est ça” a expliqué Etienne Mougeotte, vice-président de TF1.
Pour ne pas laisser aux industriels le pouvoir de définir “la vraie démocratie”
; pour éviter que la vie publique soit définitivement subordonnée aux chiffres
d’affaires, aux courbes ou aux sondages, il est important d’approfondir la
critique des médias. De savoir comment fonctionne la grande presse ; qui la
possède ; comment se produit l’information. Et de dévoiler l’envers des
médailles de la “liberté de la presse” et de “l’indépendance des journalistes”
que les éditorialistes accrochent à leurs plastrons. Bref de s’informer sur
l’information.
Pierre Rimbert.
Pierre Rimbert, sociologue, participe à la rédaction du Plan B, journal
bimestriel de critique des médias et d’enquête sociales, en kiosque