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L’Algérie après 1962, l’engagement
des pieds rouges

Algérie-France: " je t'aime moi non plus"

Après cent trente ans d'occupation, et une guerre de libération sans doute la plus extrême de toute l'histoire de la décolonisation, les rapports entre la France et l'Algérie ne sont toujours pas forclos. Les Français qui ont vécu cette époque, surtout les hommes qui y ont combattu, en ont souvent hérité d'une mauvaise conscience encore tenace, et beaucoup d'Algériens vivent leur présent comme une banqueroute de la période historique qui avait fait de leur pays et de leur combat des modèles pour tout l'ensemble que l'Occident appelait encore le "Tiers Monde " et qui se voyait comme la " Tricontinentale ", prometteuse d'une liberté et d'une égalité encore à construire.
Les trois intervenants de la soirée ont de cette période historique des expériences à la fois très différentes et complémentaires.
Mohamed Harbi, aujourd'hui historien de l'Algérie contemporaine, en a aussi été à l'époque un acteur. Acteur de la lutte pour l'indépendance, acteur ensuite des tentatives pour en prolonger l'élan par la construction d'une société nouvelle, avec l'autogestion comme finalité.
Catherine Simon a vécu l'extrême inverse. Correspondante du Monde pendant la période de violences civiles, bureaucratie militaire contre intégrisme fanatique, elle en a suivi toutes les tragédies avant d'être finalement contrainte de quitter les lieux.
Georges Chatain a été en Algérie de 1962 à 1965, journaliste, non comme correspondant mais comme collaborateur direct de la presse algérienne. " Pied rouge ", donc, de cette génération dont Catherine Simon retrace l'expérience.

Cette soirée, en partant de la thématique franco-algérienne, peut permettre un débat fructueux sur les rapports nord-sud en général.

Mohamed Harbi est un historien d'origine algérienne, spécialisé dans l'histoire récente de l'Algérie. Il vit et enseigne à Paris.
Né en 1933 à El Harrouch (wilaya de Skikda, Algérie), il s'est engagé très tôt dans le mouvement de libération nationale. Il a exercé de nombreuses responsabilités politiques aussi bien dans le parti FLN (responsable de l'information à la fédération de France, …) que dans le gouvernement provisoire (chef de cabinet ministériel, ambassadeur, …), et ce jusqu'à l'indépendance de l'Algérie, en juillet 1962. Il occupa ensuite le poste de conseiller du président Ben Bella jusqu'au coup d'Etat du 19 juin 1965 à la suite duquel il a été emprisonné. En 1971, il est assigné en résidence surveillée et en 1973, il s'évade et rejoint la France.
Arrivé à Paris, il utilisa sa formation initiale d'historien et son expérience politique pour enseigner, d'abord comme chargé de cours de sociologie, et ensuite, comme professeur d'histoire dans différentes universités. Il termine sa carrière comme professeur à l'université de Paris VIII.
Approfondissant son travail d'historien, Mohamed Harbi n'a jamais renié ses combats de militant anti colonial, ni dissimulé ses critiques envers les pouvoirs politiques qui se sont succédés en Algérie. Prolongeant ces engagements, il est devenu membre du Comité de parrainage du Tribunal Russel sur la Palestine dont la deuxième session s'est tenue le 20 novembre 2010, à Londres.
Mohamed Harbi a écrit de nombreux livres sur la " révolution algérienne " et l'Algérie indépendante.

Bibliographie :
La guerre d'Algérie (Ed. Fayard, 2004, avec Benjamin Stora), Une vie debout : mémoires (Ed. de la Découverte, " Cahiers Libres ", 2001), L'Algérie et son destin. Croyants ou citoyens ( Ed. de l'Arcantère, 1993), L'islamisme dans tous ses états (Ed. de l'Arcantère, 1991), 1954, La guerre commence en Algérie (Ed. Complexe, 1984), Le FLN, mirage et réalité (Jeune Afrique, 1980), Les archives de la révolution algérienne (Jeune Afrique, 1981), Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (Ed. Christian Bourgois, 1975).

Catherine Simon :


Auteur de la première enquête historique sur la présence dans l'Algérie indépendante de collaborateurs " pieds rouges ", Français anticolonialistes, militants actifs contre la guerre, Catherine Simon est une spécialiste du continent africain et de l'histoire post-coloniale. Née en 1956 à Lyon, diplomée de l'IUT de Journalisme de Bordeaux, elle commence sa carrière à Nairobi, capitale du Kenya, comme correspondante de Radio France Internationale, puis du Monde pour tout l'Est africain. Journaliste indépendante, elle publie des reportages et des analyses dans divers quotidiens - Libération, La Croix ...- et hebdomadaires, notamment Le Point. En 1993, elle devient collaboratrice permanente du Monde à Alger. C'est la pire période de la guerre civile entre un pouvoir militaire prédateur et le " fascisme théocratique " ( l'expression est de l'écrivain Tahar Djaout, assassiné cette année-là ) du Front Islamique du Salut. Elle y travaille deux ans, avant d'être déclarée indésirable et d'être fermement incitée à quitter le pays au plus vite. Elle intègre alors le service grands reportages du Monde.
En parallèle à son travail journalistique, Catherine Simon mène une carrière littéraire. Dans un genre bien particulier qui lui est cher : le polar. A l'image des classiques du genre, elle a inventé un détective qu'elle retrouve de roman en roman. Un détective singulier : une femme, Emna Saïd Saada, Algérienne, comme son nom l'indique, mais aussi archéologue, corpulente et picoleuse, avec un goût marqué pour le Mâcon blanc. Catherine Simon a publié trois tomes de ses aventures, Un baiser sans moustache (en série noire), Du pain et des roses, et On ne quittera jamais le territoire des loups. Le polar, comme on sait, est le genre romanesque le plus proche et le plus éclairant du vécu de l'époque et des grands problèmes qui la traversent, l'agitent et parfois l'ensanglantent.

Bibliographie

Un baiser sans moustache. Série noire. Gallimard 1998.

Du pain et des roses. Série noire. Gallimard 1998.

On ne quittera jamais le territoire des loups. Ed l'Aube noire. 2004.

Algérie les années pieds rouges. Ed. La Découverte.

Cultures Maghreb Limousin :


Cultures Maghreb Limousin est une association culturelle et laïque créée en 2004. Elle rassemble ceux et celles qui ont des affinités culturelles avec le Maghreb et qui souhaitent aller à la rencontre de ses différentes cultures. Elle espère faire reculer l'intolérance, le rejet de l'autre, l'extrémisme. Son but est de favoriser les échanges interculturels entre les deux rives de la méditerranée et de développer, promouvoir les cultures et participer à des actions citoyennes collectives.
Pour réaliser ses objectifs, l'association organise des manifestations culturelles : concerts, théâtre, expositions, débats.