| L’école entre autoritarisme et démocratie |
Pour une autre praxis pédagogique, un autre rapport
au savoir, une école démocratique dans laquelle circulent désirs d’apprendre et
d’enseigner,…
Le Cercle Gramsci vous propose d’en débattre avec :
Pierre Badiou (« Nous sommes tous des produits historiques » - In Libro Veritas
- 2007) et Dominique Vachelard (« Une logique de la lecture » - L’Harmattan -
2003) (qui illustreront ces thèmes à partir notamment des apprentissages et des
pratiques de la lecture).
L’école entre autoritarisme et
Démocratie ?
L’ambition fondamentale de l’école est elle de fonder de l’humain ?
Donc de donner au petit d’homme l’intelligibilité de la condition humaine
(Jacques Lévine)?
L’élève n’a t’il pas avant tout besoin en effet de mettre de l’ordre dans le
(son) Monde ? Ne se pose pas de vraies questions ?
Faut il les entendre ici et maintenant ?
Ou remettre les réponses à ces questions (du coup peut-être une production de
vrais savoirs) à un plus tard et un ailleurs pour laisser la place à des notions
qui ne répondent à aucune question mais dont l’acquisition plus ou moins rapide
et complète ( trop souvent à partir d’exercices fastidieux que l’élève exécute
plus ou moins docilement et intelligemment selon essentiellement sa culture
familiale) dont la liste est définie à priori (le sacro-saint programme), va
nous permettre de remplir efficacement grilles et bulletins ? En d’autres termes
sommes nous des médiateurs (de savoirs, de culture-s-,…) ou des « programmeurs »
pour cerveaux /machines à enregistrer/imprimer des savoirs « morts » ( ou si peu
revitalisés pour mieux le faire passer).
Et préparer ainsi « scientifiquement » / rationnellement la ligne de partage
dans notre groupe d’élèves entre ceux qui feront des études longues et les
concrets destinés aux filières professionnelles ?
Et former (sinon formater et normaliser) avant d’éduquer et de permettre
l’instruction ?
Question corrélative : doit-on mettre alors, et comment, au centre des
apprentissages de nos élèves le désir d’apprendre ?
Et que peut t’il en être de ce désir pris dans les rets des différentes menaces
brandies par le monde des adultes ?… « Si tu n’apprends pas bien en classe tu
auras de mauvaises notes et tu seras chômeur »…
Ou d’un certain utilitarisme ?… « Apprendre, ça sert pour plus tard : réussir
les exercices et les contrôles et puis avoir un bon métier, … les maths ça sert
pour être caissière et apprendre à lire ça sert ( bien entendu) à savoir lire ».
Comment nous situer par rapport à ce qui apparaît comme du darwinisme social :
culpabiliser ? déprimer ? jouer le jeu mensonger de la « réussite pour tous »
alors que chacun sait que dans ce jeu qu’on nous fait jouer les cartes sont
truquées ? tomber dans le défaitisme ou remettre la question à des jours futurs
(en supposant qu’ils soient meilleurs) ?
Et que faire du désir d’enseigner devant de telles contraintes ? Celles qui nous
enjoignent par exemple, sous couvert de standardisation (la pensée rationnelle –
G.Mendel) supposée source d’efficacité et via les référentiels et grilles de
compétences et mille autres outils du même tonneau, de techniciser et
d’individualiser et au final de bureaucratiser / hiérarchiser l’enseignement.
Pour quels pouvoirs ? Une fenêtre ouverte sur le monde de l’entreprise ?
(Christian Laval)
Manipulations manageriales comme dernier avatar du « Pouvoir » aux fins de
récupérations des désirs de créations ? (F.Imbert)
Pour quel Ordre donc ? Celui des « disciplinateurs » (Miguel.Benasayag). Mourir
en première ligne d’un projet injuste et inégalitaire.
Ou déjouer les pièges d’une certaine rationalité/ efficacité à n’en pas douter
économico/ technocratico/ Mondialo/ libérale ? Et comment ?
En se plaçant du côté de la Résistance à la reproduction de l’existant ?
Du côté de détournement.
Du côté de l’imprévu.
Du côté de la recherche de sens.
Du côté de la prise en compte de l’apprenant, de ses désirs, de ses curiosités,
de ses questions.
Du côté de l’autonomie. (De Certeau - entre autres -)
Et se donner comme visée de développer des liens sociaux ?
Mais alors que évaluer et comment ?
Pour ne plus faire alors régner dans l’école la loi de la jungle : être le plus
fort (dans la cour) comme écho à la loi tout aussi violente du plus intelligent
(dans la classe).
Car si la violence à l’école était d’abord ce fonctionnement institutionnel
ordinaire (Bernard Defrance) ? Dont je suis un rouage ? Serait il si utopique
d’abandonner l’autorité ordonnatrice (autorité contraignante et contenante qui
tend à sa propre reproduction) au bénéfice d’un lien de confiance et de
sollicitude (A.Renaut) ?
Qui n’a pas sanctionné un élève tout simplement pas motivé/mobilisé ? Et qui
s’est posé la question alors de la légitimité d’une telle sanction ? Sans parler
de ses effets.
La réussite à l’école ne réduit elle pas du coup la recherche de vérité en
recherche de la conformité ?
Qui n’ a pas fait taire un bavard/gêneur sans se donner les moyens (médiations)
de lui donner la Parole pour le ré-inscrire dans les circuits d’ échanges.
Symboliques. (Francis Imbert) ? Et de la coopération (éternel Freinet).
Et peut on toujours réduire alors la question de la réussite à une question de
moyens ?
Ne serait il pas plutôt temps de sortir de ce modèle d’éducation qui relève
toujours et encore du religieux, de la toute puissance civilisatrice (du
Maître), de la clôture et de la maîtrise ? Et vogue la culpabilisation (du
l’enseignant idéal…et très seul face au déferlement d’angoisses des parents et
au bombardement de prescriptions de l’institution).
Et peut-être suggérer comme échappée / ouverture dans la classe que l’opposition
connaissances / compétences pourrait être une mauvaise querelle (la bonne
nouvelle ! Encore s’agirait t’il de définir quelles compétences pour quels
savoirs, et inversement)) si l’on partait vraiment de la vraie vie pour
coopérer, responsabiliser, (se) questionner, négocier et conduire des projets
?…(Philippe Perrenoud)
Et accepter hors, tout autant que dans la classe (peut-on séparer ces espaces ?)
la diversité, le dialogue, les échanges « horizontaux » (DeMunck),…En clair,
cela pourrait commencer à s’appeler la Démocratie : une organisation sociale qui
doit permettre en toutes circonstances un partage horizontal d’autorité source
de créativité et non pas une appropriation /transmission verticale de
commandement (modèle hiérarchique descendant), source de fixations au passé. (Marcelli
D.)
Et en attendant que des temps de concertations et de formations mutuelles (entre
pairs) fassent un entrée triomphale dans une école qui a encore tout à apprendre
du fonctionnement démocratique, ne serait t’il pas opportun de se proposer de
petits espaces et de petits moments réguliers pour se rencontrer, réfléchir à
toutes ces questions posées en vrac,(mais que nous avons le droit de trier,
ranger et classer et surtout de multiplier selon notre désir), entre tous les
acteurs de l’éducation y compris les parents, mais aussi se ressourcer et
résister à l’inquiétante montée d’un Monde de moins en moins soucieux de
Solidarités et de Libertés.
Car, dernière question : pris dans la tourmente de la mondialisation et du
mouvement économique libéral qui l’oriente, doit on croire encore à la
possibilité de défendre notre pré carré (en espérant la diminution du chômage et
l’amélioration de notre pouvoir d’achat) sans prise en compte de l’urgence
d’autres formes de participation au quotidien sur le lieu d’activité pour ce qui
décide de la vie sociale, c’est à dire au final d’un pouvoir plus grand de
chacun (parents, enseignants, élèves notamment) sur sa vie ? (Gérard Mendel) Et
cette urgence, ne dépasse t’elle pas, ne décide t’elle pas pourrait on dire, de
la question des « moyens » ? L’inverse est il vrai ? L’Histoire ne nous montre
t’elle pas que non ?
J-Paul Lucas
Bibliographie
Foucault Michel Surveiller et punir Gallimard
1975
Imbert Francis Pour une Praxis pédagogique Matrice 1985
Imbert Francis L’impossible métier de Pédagogue E.SF. 2000
Levine Jacques, Develay Michel Pour une anthropologie des savoirs scolaires
E.S.F 2004
Perrenoud Philippe L’école est elle encore le creuset de la Démocratie Chronique
sociale 2003
Meirieu Philippe (collectif) L’école et les parents Plon 2000
Mendel Gérard Une histoire de l’autorité La Découverte 2002
Collot Bernard Une école du 3e type L’harmattan 2005
Defrance bernard La violence à l’école Syros 1992
Charlot Bernard L’école en mutation Payot
Rancière Jacques Le Maître ignorant 10/18 1987
Oury et Vasquez De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle Maspéro
1971
Vachelard Dominique Une logique de la lecture L’Harmattan 2003
Badiou Pierre Nous sommes tous des produits historiques In Libro veritas 2007
Morin Edgar Les sept savoirs nécessaires a l’éducation du futur Seuil 2000
Laval Christian L’école n’est pas une entreprise La Découverte 2003
CRAP – Cahiers pédagogiques Apprendre et vivre la démocratie à l’école CRDP
Académie d’Amiens 2003
Dubet François L’école des chances : qu’est-ce qu’une école juste ? Seuil 2004