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Danielle BLEITRACH, universitaire, professeur de
sociologie et écrivain, a été membre du Comité central du PCF, puis de son
Comité national, et rédactrice en chef adjointe de l'hebdomadaire
Révolution. Elle a écrit de nombreux articles, publiés en particulier dans La Pensée, Les Temps modernes, Le Monde diplomatique. Elle a écrit aussi une dizaine de livres, dont L'Usine et la vie avec Alain Chenu (Maspero), Classe ouvrière et social-démocratie avec Jean Lojkine (Éditions sociales), L'Exclusion ou la défaite ouvrière avec Mustapha El Miri (L'Harmattan) et des romans, dont Un bouquet d'orties (Messidor). Elle vient d'écrire avec Viktor Dedaj Cuba est une île. |
L'AMÉRIQUE LATINE ET CUBA
LABORATOIRES D'UNE NOUVELLE "MONDIALISATION" ANTI-IMPERIALISTE...
La situation en Amérique latine est en train de prendre un tour
véritablement anti-impérialiste, chaque élection intervenant dans ce
sous continent montre qu'une vague de gauche portée par un puissant
mouvement populaire déferle, quelques événements récents nous
permettent de mesurer l'ampleur du phénomène. Dans un tel contexte,
les révélations se succèdent.
Danielle Bleitrach
1)LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET SOCIAL :
a) les effets de 20 ans de politiques néo-libérales:
Dans le continent sud américain, les recettes néo-libérales ont été
appliquées avec la plus extrême rigueur pendant plus de vingt ans avec
un résultat catastrophique. "Le PIB de cette zone est tombé au-dessous
de sa valeur de 97. Dans la période de 1994 à 2003, le transfert
négatif des ressources a été en Amérique latine de 29 milliards de
dollars, tant à cause du retrait des bénéfices du capital étrange,
qu'à cause du service d'une dette qui dans certains pays dépasse les
50% du PIB. De ce fait le chômage et la misère touchent des couches de
plus en plus grandes de la population. En 2003, selon la Commission
Economique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), 102
millions de personnes vivaient dans l'indigence la plus totale, soit
20% de la population totale. Dans certains pays comme le Honduras, près de 67%
des habitants sont touchés par la misère la plus complète. Actuellement, 54
millions des latino-américains souffrent de malnutrition. À Haïti près de 50 %
de
la population endurent des carences alimentaires. Dans un pays aussi
riche que le Mexique, 34 % des enfants âgés de moins de cinq ans sont
frappés de malnutrition chronique.
Depuis une vingtaine d'années, la plupart des gouvernements d'Amérique
latine ont accepté cette intégration au modèle étasunien. La victoire
idéologique du modèle néo-libéral a été totale, y compris dans une
parti de la gauche. Le progrès, l'espoir d'une sortie du sous développement,
l'absence, l'absence de solutions alternatives, autant que le
chantages du FMI et la déroute des partis de gauche et des syndicats
imposaient l'adoption de ces mesures. " (1)
Là-dessus la crise argentine considérée comme le meilleur élève du FMI
a été un véritable électrochoc et a en quelque sorte fait la
démonstration de la nocivité des recettes néo-libérales.
Il est à noter que seulement deux pays semblaient échapper à ces
résultats catastrophiques, le Chili et Cuba, avec bien sur un modèle
de redistribution de la croissance totalement différent, ces deux pays
étaient les seuls à enregistrer (Cuba à partir de 96), une croissance
positive. Le cas de Cuba était d'autant plus exemplaire que ce pays
est étranglé par un terrible blocus, qui, entre autre l'empêche à
accéder aux prêts du FMI à 2% et est obligé à emprunter à des taux usuraires de
15% pour accéder au marché mondial. L'exploit cubain, comme d'ailleurs sa
récente
dé-dollarisation mérite un article en soi, mais nous y reviendrons.
b) la ZLEA ou la tentative des États-Unis de corseter l'Amérique
latine dans son sous-développement.
C'est dans un tel contexte que les États-Unis cherchent à mettre en
place la Zlea (Zone de libre échange des États Américains) dont seul
Cuba serait exclue. Colin Powell a défini le projet : "notre objectif
est de garantir pour les entreprises nord-américaine le contrôle d'un
territoire qui s'étend de l'Arctique à l'Antarctique et le libre accès
-sans aucun obstacle- de nos produits, services, technologie et capitaux pour
tout le
continent. " Le projet constituerait un corset légal encore plus
contraignant que les diktats du FMI.
Là encore, l'analyse du système de "libre-échange" mériterait un
article en soi. Résumons là à deux faits : les USA, comme la plupart des pays
occidentaux pratiquent une politique de subvention à leurs
agricultures, de telle sorte que le maïs produit aux États-Unis ou le riz se
présente
sur le marché moins cher que la production des pays sous développés et des
pays producteurs traditionnels de maïs comme le Mexique deviennent
importateur, pareil pour Haïti pour la production de riz et l'économie
paysanne est ruinée. On ne comprend rien au drame haïtien si l'on ne
perçoit pas ce fait. Ce qui est vrai pour le maïs et le riz l'est pour
la plupart des productions agricoles. Le deuxième fait est la
dollarisation des économies, ajoutée au service de la dette : non seulement les
pays produisent pour acheter du dollar avec lequel ils peuvent importer en
particulier
de l'énergie, mais encore le font moins pour les échanges
internationaux que pour payer les intérêts de leur endettement qui
parfois absorbent plus de 50% du PIB. Comme la plupart des pays du
sud, l'Amérique latine est donc la proie d'une saignée permanente. La ZLEA
renforce dans de multiples domaines cette saignée... Et enlève aux gouvernements
nationaux leur capacité de résistance au pillage de leurs ressources.
2) LÉVOLUTION POLITIQUE :
a) le temps du marché et de "la démocratie" étasunienne:
Le temps du consensus autour du modèle néo-libéral a été celui où les
États-Unis juraient que leur soutien à des ganaches féroces engendrées
par la lutte anti-communiste, et recrutées dans le petit personnel
colonialiste militaire indigène ou dans les hommes de main des propriétaires
fonciers, était terminé, c'était juré, c'était promis. Partout après
une amnistie de ces derniers, en Argentine, au Chili entre autres, les
USA promurent un processus électoral contrôlé de A à Z par les
conditions de dépendance mais avec toujours le danger de débordement populaire
dans les urnes ou dans la rue. Ils avaient à leur disposition de "nouvelles
élites",
chef d'entreprise, intellectuels formés sur les campus nord
américains, collègues des experts du FMI, partageant leurs vues... Ce
fut le temps de la "démocratisation" avec amnistie des dictateurs.
Certes les vieilles pratiques de la CIA et des mafieux terroristes
continuaient à s'exercer contre Cuba et contre les populations
indigènes des Andes ou de Colombie, mais élections contrôlées sur la
base de la dépendance économique avec la déroute des forces de gauche
et le ralliement instantané des " élus " aux solutions néo-libérales
permettaient aux ÉTATS-UNIS d'adopter un profil vertueux...Ils
s'étaient refait une virginité morale de défenseur des libertés et des
droits de l'homme. Et personne n'y regardait de trop près sur la
poursuite d'assassinats politiques et syndicaux, sur l'action
esclavagiste des propriétaires fonciers, il y avait une " presse libre
" dont les propriétaires défendaient les mêmes choix et des électionsS
Certes il y avait le cas de Cuba où "la vertu" nord-américaine
redevenait terroriste et mafieuse, organisait un blocus pourtant
condamné par la quasi-unanimité des nations du monde, mais la pression
économique et idéologique, l'anticommunisme organisait un "cordon
sanitaire" autour de cette "anomalie" comme le disait Aznar. Le
dirigeant espagnol franquiste dont l'élection avait été financée par
la mafia de Miami a joué un grand rôle tant en Europe, qu'en Amérique
latine où il s'est employé à rassembler les gouvernements autour des États-Unis,
à organiser la condamnation de Cuba.
b) le développement du mouvement populaire et la montée des
résistances :
Pourtant un moment écrasé le mouvement populaire se développait et les
forces de gauche transformées sous son influence commençaient leur
pression. Le phénomène altermondialiste, tout à fait différent de
celui de l'Europe, ancré en particulier dans la revendication à la
justice des couches populaires se développait. 2004 a été une année
charnière.
Le sommet des Amériques convoqué par Washington le 12 janvier 2004,
devait approuver la zone de libre-échange et réaffirmer l'isolement de
Cuba. Lors des sommets précédents, l'autorité des États-UNis sur
l'hémisphère n'était pas discutée. Mais depuis, un certain nombre de
pays avaient élu de nouveaux dirigeants. Et les États-Unis se sont
heurtés à une double résistance, d'une part celle du MERCOSUR
regroupant le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay refusant de se
dissoudre dans la ZLEA et d'autre part le Venezuela de Chavez et les
petits pays anglophones de Caraïbes regroupés au sein d'une union.
Comble de malheurs pour les États-Unis, non seulement le coup d'État
de 2002 contre le président Chavez fomenté par la CIA avec l'aide
d'Aznar et de certains pays d'Amérique latine, selon les récentes
révélations de
Jorge
Castaneda, l'ancien ministre des affaires étrangères du Mexique(2)a
échoué à cause de la mobilisation populaire et le loyalisme de
l'armée, mais le référendum du mois d'août 2004, suivi par les
élections municipales et des gouverneurs, ont confirmé la volonté du
peuple vénézuélien de poursuivre dans la voie
"bolivarienne"anti-impérialiste.
Il est à noter que dès 2002, les États-Unis tombent le masque vertueux
démocratique ,non seulement dans un coup d'État fomenté par la CIA
selon la bonne vieille tradition, mais en multipliant les interventions
terroristes venues de la Colombie voisine et où l'on retrouve la mafia
cubaine de Miami.
Quand intervient en 2004, l'élection d'un président de gauche au
panama, l'ancienne présidente, rend un service aux USA, en graciant
Posado Carriles et ses complices. Ce dernier est un des plus grands
terroristes du continent et qui a sévi partout, à Cuba, mais aussi au Venezuela.
Le
procureur vénézuélien Danilo Anderson est assassiné en novembre 2004,
des terroristes venus de Miami, ont fait sauter sa voiture. Malgré la
presse vénézuélienne majoritairement aux mains de l'opposition, et
dont les analyses sont les seules qui soient reprises en Europe et par
RSF, qui nient l'existence des terroristes de la CIA, parlent de
dictature populiste à propos de Chavez, il est difficile désormais de continuer
à mentir
sur ce qui se passe au Venezuela.
Mais il reste le silence, les nouvelles tronquées. Toujours en 2004,
une vague d'élection est venue transformer la donne politique de
l'Amérique latine, il y a eu le Panama, puis le séisme uruguayen (3)
et si les États-Unis ont réussi à bloquer l'élection du Salvador en
exerçant un chantage sur le bloquage de l'argent des immigrés envoyé
au familles salvadoriennes, les élections municipales au Nicaragua ont
montré une montée de la vague sandiniste. Désormais c'est la Colombie
qui menace de passer à gauche et le Mexique. Arrêtons-nous sur ces
deux pays qui pour le moment sont les alliés sûrs des USA:
La Colombie est sans doute le pays le plus violent du continent. Les
grands propriétaires ont des hommes de main, des armées privées qui font
régner la terreur. On ne comprend rien à l'existence des FARC, si l'on ne voit
pas ce contexte d'exploitation, de terreur et de corruption. Uribe, l'actuel
président, qui s'était présenté en 2002 comme le candidat opposé à la
corruption et à la politicallerie, est le président qui a le plus été
impliqué dans la corruption et qui a le plus favorisé le clientélisme.
Comme le disent les Colombiens :"Le gouvernement et le président
représentent le fascisme colombien, la soumission à l'impérialisme
nord-américain et au Fonds monétaire international ". La candidature
de Carlos Gaviria, ex-membre de la Cour Constitutionnelle et
actuellement président du Front Social et Politique, mouvement qui
regroupe des syndicats, des mouvements et des partis politiques de
gauche (comme le Parti communiste colombien, parmi d'autres), a été
considérée comme la seule option pour battre le président Uribe.
L'élection a lieu dans 20 mois et déjà cette candidature soulève un immense
espoir, on parle du Chavez colombien.
Au Mexique, citons le journal mexicain la Jornada: "Au Mexique,
l'épuisement du modèle néolibéral, qui a détruit le tissu social, ne
peut plus être camouflé par les petites trucs du populisme ou par les
promesses d'un lendemain qui chante. Dix ans de " libre''-commerce "
avec les Etats-Unis, gérés par le PRI puis par le PAN, ont plongé le
pays dans la misère. Dix millions de Mexicains sont partis vivre aux
Etats-Unis, à la recherche d'un minimum pour survivre. Des centaines
de Mexicains ont été assassinés en tentant de traverser la frontière
vers le pays de la " liberté ".
Cependant, le paysage politique évolue et l'espoir refait surface.
Andrés Manuel López Obrador sera le candidat du PRD pour les élections
présidentielles de 2006. Andrés Manuel est très populaire et sa
popularité inquiète l'oligarchie et l'ambassade. D'ors et déjà,
l'oeuvre de démonisation est commencée. " Il est un ami de Fidel Castro ! " : sa
popularité croit de 5% ; " C'est un nouveau Chávez ! ", s'écrit la
presse bien-pensante et les intellectuels courtisans. Résultat : sa
popularité augmente de 10% ! Ils trouveront d'autres combines pour
salir la personnalité d'Andrés Manuel, mais rien n'indique qu'ils
parviendront à lui barrer la route de la présidence. Si les élections avaient
lieu
aujourd'hui, Andrés Manuel serait président. " La Jordana le 29
novembre.
Pour que le panorama soit complet, il faudrait bien sûr d'une part
souligner les contradictions de cette évolution, la manière dont
l'Argentine, le Brésil qui à travers le Mercosur, leurs choix
internationaux, contribuent à la résistance du sous continent à
l'impérialisme, tout en cédant au plan intérieur aux diktats du FMI,
ce qui les place face à la pression de leurs peuples dans une situation
difficile.
Il faudrait également analyser les pays andins, où montent les
révoltes indigènes contre le bradage des ressources du pays et la
misère comme on l'a vu avec le renversement et la fuite aux
États-Unis du président bolivien Gonzalo Sanchez de Lozado, toujours
en 2004.
LE CONTEXTE INTERNATIONAL:
Dans ce soulèvement de l'Amérique latine dont le processus électoral
de victoire des gouvernements de gauche n'est que la traduction
partielle, des événements internationaux jouent également un rôle.
Il y a incontestablement l'agression nord-américaine en Irak, ce qui
se passe en Palestine. Ces faits jouent un double rôle. L'opinion
publique de l'Amérique latine s'identifie aux peuples agressés. Et de
surcroît l'armée des ÉTATS-UNIS bloquée par la résistance irakienne a
du mal à intervenir comme elle prévoyait de le faire à Cuba et au
Venezuela, sans renoncer pour autant à ses projets d'invasion.
a) Le processus bolivarien d'intégration d'un continent:
Mais d'autres événements sont intervenus parallèlement. Aznar battu en
Espagne, les États-Unis ont perdu leur homme de main le plus sûr tant
en Europe qu'en Amérique latine.
Le récent quatorzième sommet ibero-américain tenu au Costa Rica en
novembre
2004, a illustré ce changement de donne. Tout avait été mis en place
par les États-Unis et la presse occidentale aux ordres :
- Deux ex-présidents costaricains et trois ou quatre députés de
l'Uruguay, du Chili et de la République tchèque, plus une poignée de
représentants de la mafia de Miami et des agents de la CIA ont prétendu
convertir
l'assemblée législative du Costa Rica en scène pour un show
anti-cubain. La tentative a fait long feu. Mais une puissante
manifestation des Costaricains leur a interdit cette opération
médiatique anti-cubaine.
- Loin d'isoler Cuba et le Venezuela, le sommet sur proposition de Cuba a
dénoncé le terrorisme dont était victime le Venezuela, comme d'ailleurs le
blocus de Cuba. A été également dénoncée la libération par l'ex-présidente
du panama des terroristes de Miami.
- Le bilan final de cette conférence de San José est donc positif, il va
dans le sens de l'intégration du continent sud-américain.
b) l'Europe, une évolution contradictoire:
Parallèlement en Europe, les choses paraissent évoluer dans un sens
favorable. L'Espagne de Zapatero ne joue plus le même rôle que celle
d'Aznar et on assiste, semble-t-il à une évolution parallèle de la
politique française dont Cuba demeure le test avec la levée des
sanctions injustes et une aide moins affirmée aux pseudo-dissidents et
vrais mercenaires aux ordres des USA. Seule la presse française
continue sa pression et ne paraît pas avoir perçu les bougés
politiques, elle demeure dans son immense majorité en ce qui concerne
l'Amérique latine, comme au Moyen orient sur une ligne totalement
atlantiste.
Dans l'évolution de certains pays européens comme la France et
l'Espagne, nul doute que le choix cubain d'en finir avec la
dollarisation et de n'utiliser les dollars comme réserves mais de
procéder aux échanges avec d'autres monnaies comme la livre
canadienne, l'euro, le yen et d'autres.
Ce choix est clairement une réponse à la traque nord-américaine qui a
prétendu faire payer des amendes aux banques qui acceptaient les dollars des
Cubains, mais il constitue également un exemple périlleux pour les
USA, si d'autres pays et singulièrement les pays frères d'Amérique latine
suivaient l'exemple cubain . C'est un marché que ne peuvent pas négliger les
pays européens désireux de placer leurs productions industrielles.
Les deux piliers de la puissance nord-américaine sont ainsi contestés
: sa puissance militaire est incapable d'endiguer la résistance du
peuple irakien épuisé par des années d'embargo. La suprématie du
dollar qui permet aux USA de faire payer sa crise économique et son formidable
endettement au reste de la planète depuis l'imposition en 70 par
Nixon du dollar comme monnaie internationale, sans référence à l'or, est remise
en cause par ce choix cubain.
L'Europe est loin de présenter un front uni dans ce domaine, en
particulier depuis l'entrée des nouveaux pays de l'est. Si on peut constater un
certain "bougé" de la part de l'Espagne et de la France, la majorité des pays
européens manifestent une servilité totale à l'empire US et font tout
pour empêcher une politique autonome à l'égard des USA. Si la
construction européenne se faisait sur le modèle de la construction
bolivarienne, anti-impérialiste, sur la base de la justice sociale et
de l'émancipation des peuples qui pourrait être contre mais ce qui se
réalise sous nos yeux est tout le contraire, il s'agit d'une part de
renforcer l'impérialisme occidental sur le reste du monde et cela ne
peut se faire que dans la vassalisation, il s'agit par ailleurs
d'imposer à l'intérieur des pays des politiques néo-libérales . C'est
pourquoi la bataille contre la Constitution est aussi importante que
celle que les peuples d'Amérique latine mènent et ont mené contre la
ZLEA. Et cette bataille, combinée à d'autres luttes de salariés peut
être l'amorce de recomposition politiques et sociales importantes, il
faut être très attentif à l'importance du problème des résistances à
la construction européenne, rassembler comme on sut le faire les
peuples d'Amérique latine.
c) les échanges sud-sud:
Mais il y a une deuxième idée cubaine qui est en train de se réaliser,
développer les rapports sud-sud, Cuba la met en oeuvre en échangeant
non seulement ses productions traditionnelles comme le Nickel ou le
sucre et le tabac, mais en utilisant son potentiel intellectuel pour fournir
dans
le domaine biologique des produits à forte valeur ajoutée et des
services hautement qualifiés dans le domaine de la santé et de
l'éducation... Les échanges se développent avec le Venezuela mais
aussi l'Argentine, le Brésil. Sur le plan politique, Cuba se prononce
pour une nouvelle perspective pour le mouvement des non-alignés et la
met en oeuvre.
C'est dans ce contexte de soulèvement d'un continent, de stratégie
"bolivarienne" d'unité de l'Amérique latine, mais aussi des
"innovations cubaines" dans la dé-dollarisation et dans les échanges
sud-sud qu'il faut apprécier l'intérêt nouveau de la Chine et du
Président des non-alignés de Malaisie pour l'Amérique latine et les
liens nouveaux avec Cuba.
LE CAS CUBAIN :
Car Cuba, allié avec le Venezuela, les deux pays les plus menacés,
est plus que jamais la clé de l'Amérique latine. Il y a de ce point de
vue un véritable retournement de situation. Là encore l'agressivité
nord-américaine contre l'Irak, les menaces que l'actuelle
administration nord-américaine fait peser sur la paix mondiale, la
volonté des peuples de secouer les politiques qui les réduisent à la
misère joue un rôle essentiel. Mais Cuba et le Venezuela ont été
capable de dégager une perspective politique, l'unité
anti-impérialiste d'un continent, et des actions concrètes pour
bousculer la suprématie du dollars, pour favoriser les échanges
sud-sud, une nouvelle mondialisation non capitaliste, non
impérialiste.
L'Amérique latine présente aujourd'hui une des situations les plus
intéressantes en matière de perspective politique, un véritable
laboratoire dans lequel le cas cubain présente la plus grande inventivité
économique et politique. Il faut donc dépasser le théâtre d'ombre que nous
présente
la presse française aux ordres pour bien voir, comme nous l'expliquons
dans notre livre Cuba est une île" que - premièrement, si les États-Unis
haïssent Cuba alors que l'Union soviétique s'est effondrée, c'est parce que Cuba
demeure la clé d'un
continent et on ne comprend pas Cuba si on ne le restitue pas dans un
contexte de hier et d'aujourd'hui de ce continent "nuestra america"...
Deuxiémement tandis que pendant 20 ans ce continent subissait les
politiques néo-libérales sans voir d'alternative, Cuba résistait et au
final avait de meilleurs résultats économiques et sociaux que le reste
de l'Amérique latine. Cuba a fait preuve d'une inventivité politique,
économique tout à fait remarquable. la montée des résistances et
l'alliance avec Chavez ont donné une force nouvelle à la stratégie
anti-impérialiste cubaine.
Troisiémement, certes à Cuba dirigé par un parti communiste, ce pays a
adopté le socialisme et tenant les leviers industriels et financiers
du pays, il peut mettre en oeuvre des solutions que le capital peut
rendre plus malaisées ailleurs, mais l'expérience cubaine est encore
plus riche : ainsi Cuba peut intéresser tout autant des gens attachés
à la souveraineté nationale ou encore des gens séduits par leurs
expériences environnementales tout à fait exemplaires. Dans une
Amérique latine, devenue laboratoire de l'altermondialisation, Cuba
est lui-même un laboratoire. Je recommande en particulier l'analyse
dans notre livre de la restructuration sucrière, le choix de l'emploi
formation à l'échelle d'un pays où il tenté de faire passer la
population au niveau du supérieur.
Dans un temps où nous sommes tous à la recherche d'une issue
politique, ce qui se passe en Amérique latine et singulièrement à Cuba
soit être connu, discuté... Si des pays sous-développés sont capables
d'ainsi "monter sur leurs propres épaules", que pourrions-nous faire
dans une pays aussi riche que la France.
(1)Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj avec la participation de
J.F.Bonaldi. Cuba est une île. Septembre 2004, deuxième édition
novembre 2004. P.247 et suivantes.
(2) Cette " révélation " est en soi un signe de l'évolution de
l'opinion publique en Amérique latine et au Mexique. Le personnage est
en effet la girouette type, ancien révolutionnaire, il devient le
ministre des
Affaires
étrangères du gouvernement de droite de Vincent Fox. Il se fait
l'homme de main des Nord-américains dans diverses opérations contre
Cuba.
Aujourd'hui,
il tente de se refaire une virginité à gauche
(3) Ce minuscule pays du mercosur, a pour la première fois élu un
gouvernement de gauche. Vu les coutumes du pays une telle élection est
aussi étonnante tout proportion gardée que si un candidat de gauche
s'imposait à l'alternance républicain-démocrate.