LE SITE DU CERCLE GRAMSCI

Sortir du capitalisme aujourd’hui ? Réalités, illusions enjeux


Afin de marquer ses 25 ans le cercle Gramsci organise, avec la revue EcoRev’ qui fête ses dix ans, une après-midi de débat avec deux tables rondes.
Plusieurs intervenants de la revue EcoRev’, Jérome Gleizes, Marc Robert... animeront notamment, la première table ronde. La seconde, sur l’urgence démocratique, aura pour intervenant Fabien Tarby.
En guise d’introduction nous proposons des extraits d’un texte d’André Gorz, paru dans la revue EcoRev’ en 2007.

Urgence écologique :
Les enjeux actuels d’une sortie civilisée du productivisme

La question de la sortie du capitalisme n’a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d’une radicale nouveauté. Par son développement même, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu’externe qu’il est incapable de dépasser et qui en fait un système qui survit par des subterfuges à la crise de ses catégories fondamentales : le travail, la valeur, le capital.
La crise du système se manifeste au niveau macro-économique aussi bien qu’au niveau micro-économique. Elle s’explique principalement par un bouleversement technoscientifique qui introduit une rupture dans le développement du capitalisme et ruine, par ses répercussions la base de son pouvoir et sa capacité de se reproduire. [...]

L’informatisation et la robotisation ont permis de produire des quantités croissantes de marchandises avec des quantités décroissantes de travail. Le coût du travail par unité de produit ne cesse de diminuer et le prix des produits tend à baisser. Or plus la quantité de travail pour une production donnée diminue, plus la valeur produite par travailleur - sa productivité - doit augmenter pour que la masse de profit réalisable ne diminue pas. On a donc cet apparent paradoxe que plus la productivité augmente, plus il faut qu’elle augmente encore pour éviter que le volume de profit ne diminue. La course à la productivité tend ainsi à s’accélérer, les effectifs employés à être réduits, la pression sur les personnels à se durcir, le niveau et la masse des salaires à diminuer. Le système évolue vers une limite interne où la production et l’investissement dans la production cessent d’être assez rentables.
[...]
La production n’étant plus capable de valoriser l’ensemble des capitaux accumulés, une partie croissante de ceux-ci conserve la forme de capital financier. Une industrie financière se constitue qui ne cesse d’affiner l’art de faire de l’argent en n’achetant et ne vendant rien d’autre que diverses formes d’argent. L’argent lui-même est la seule marchandise que l’industrie financière produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers. La masse de capital que l’industrie financière draine et gère dépasse de loin la masse de capital que valorise l’économie réelle (le total des actifs financiers représente 160 000 milliards de dollars, soit trois à quatre fois le PIB mondial). La "valeur" de ce capital est purement fictive : elle repose en grande partie sur l’endettement et le "good will", c’est-à-dire sur des anticipations : la Bourse capitalise la croissance future, les profits futurs des entreprises, la hausse future des prix de l’immobilier, les gains que pourront dégager les restructurations, fusions, concentrations, etc. Les cours de Bourse se gonflent de capitaux et de leurs plus-values futurs et les ménages se trouvent incités par les banques à acheter (entre autres) des actions et des certificats d’investissement immobilier, à accélérer ainsi la hausse des cours, à emprunter à leur banque des sommes croissantes à mesure qu’augmente leur capital fictif boursier.
La capitalisation des anticipations de profit et de croissance entretient l’endettement croissant, alimente l’économie en liquidités dues au recyclage bancaire de plus-value fictives, et permet aux États-Unis une "croissance économique" qui, fondée sur l’endettement intérieur et extérieur, est de loin le moteur principal de la croissance mondiale (y compris de la croissance chinoise). L’économie réelle devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par l’industrie financière. Jusqu’au moment, inévitable, où les bulles éclatent, entraînent les banques dans des faillites en chaîne, menaçant le système mondial de crédit d’effondrement, l’économie réelle d’une dépression sévère et prolongée (la dépression japonaise dure depuis bientôt quinze ans) .
[...]
Il est impossible d’éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y mènent depuis 150 ans. Si on prolonge la tendance actuelle, le PIB mondial sera multiplié par un facteur 3 ou 4 d’ici à l’an 2050. Or selon le rapport du Conseil sur le climat de l’ONU, les émissions de CO2 devront diminuer de 85% jusqu’à cette date pour limiter le réchauffement climatique à 2°C au maximum. Au-delà de 2°, les conséquences seront irréversibles et non maîtrisables.
La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux. En leur absence, l’effondrement ne pourrait être évité qu’à force de restrictions, rationnements, allocations autoritaires de ressources caractéristiques d’une économie de guerre. La sortie du capitalisme aura donc lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare. La question porte seulement sur la forme que cette sortie prendra et sur la cadence à laquelle elle va s’opérer.

La forme barbare nous est déjà familière. Elle prévaut dans plusieurs régions d’Afrique, dominées par des chefs de guerre, par le pillage des ruines de la modernité, les massacres et trafics d’êtres humains, sur fond de famine. Les trois Mad Max étaient des récits d’anticipation.
Une forme civilisée de la sortie du capitalisme, en revanche, n’est que très rarement envisagée. L’évocation de la catastrophe climatique qui menace conduit généralement à envisager un nécessaire "changement de mentalité", mais la nature de ce changement, ses conditions de possibilité, les obstacles à écarter semblent défier l’imagination. Envisager une autre économie, d’autres rapports sociaux, d’autres modes et moyens de production et modes de vie passe pour "irréaliste", comme si la société de la marchandise, du salariat et de l’argent était indépassable. En réalité une foule d’indices convergents suggèrent que ce dépassement est déjà amorcé et que les chances d’une sortie civilisée du capitalisme dépendent avant tout de notre capacité à distinguer les tendances et les pratiques qui en annoncent la possibilité.
[...]
Post Scriptum :
NDLR : Ce texte qu’André Gorz a terminé d’écrire le 17/09/2007 est une version revue et approfondie de celui écrit pour le manifeste d’Utopia. Rebaptisé pour notre dossier Le travail dans la sortie du capitalisme il a depuis été publié dans son livre posthume Écologica sous le titre La sortie du capitalisme a déjà commencé.
La valeur travail est une idée d’Adam Smith qui voyait dans le travail la substance commune de toutes les marchandises et pensait que celles-ci s’échangeaient en proportion de la quantité de travail qu’elles contenaient.
La valeur travail n’a rien à voir avec ce qu’on entend par là aujourd’hui et qui (chez Dominique Méda entre autres) devrait être désigné comme travail valeur (valeur morale, sociale, idéologique etc.)
Marx a affiné et retravaillé la théorie d’A. Smith. En simplifiant à l’extrême, on peut résumer la notion économique en disant : Une entreprise crée de la valeur dans la mesure où elle produit une marchandise vendable avec du travail pour la rémunération duquel elle met en circulation (crée, distribue,) du pouvoir d’achat.
Si son activité n’augmente pas la quantité d’argent en circulation elle ne crée pas de valeur. Si son activité détruit de l’emploi elle détruit de la valeur. La rente de monopole consomme de la valeur créée par ailleurs et se l’approprie.

Urgence démocratique :
Repenser l'hypothèse communiste.
Nouvelles pratiques démocratiques et place de l'Etat

Né en 1972, Fabien Tarby fait partie de ces jeunes philosophes qui se revendiquent du communisme. Il est l'auteur de Matérialisme d'aujourd'hui, de La Philosophie d'Alain Badiou et de Démocratie virtuelle. Il vient de faire paraître, aux éditions Germina, un livre d'entretiens tout à fait remarquable avec Alain Badiou : La Philosophie et l'évènement. Ce livre offre la meilleure introduction possible à la pensée d'Alain Badiou... un point de passage obligé pour toutes celles et tous ceux qui apprécient le travail de l'auteur de L'hypothèse communiste et de De quoi Sarkozy est-il le nom? et qui veulent se familiariser avec sa philosophie.
Fabien Tarby travaille actuellement sur un nouveau livre d'entretiens avec Slavoj Zizek, avec lequel il a lancé une pétition de soutien à Alain Badiou*, il anime également la revue de philosophie contemporaine Nessie. Contacté par le Cercle, il a imméditament accepté, avec beaucoup de gentillesse, de participer aux débats qui marqueront notre 25e anniversaire, en animant une table ronde consacrée au communisme. Mais plutôt que de parler de lui, autant le lire dans le texte, avec cette lettre ouverte adressée à Luc Ferry.

Comment peut-on être capitaliste ?

Les pseudo-philosophes de droite ont érigé leurs certitudes autour de quelques points auxquels ils s'attachent mordicus.
Dans tous leurs articles, nous retr-ouvons sans peine les mêmes idioties. L'un des derniers exemples en date, à notre connaissance, est la magnifique interrogation de notre ex-ministre de l'éducation Luc Ferry dans Le Figaro du 10 mars 2010, qui se demande bien "comment peut-on être "maoïste ?", aujourd'hui, et qui dénonce une " sainte alliance entre vieillards séniles et jeunesse futile. "
Disons que l'argument central de Ferry, comme toujours, chez les réactionnaires, est l'argument de la honte : " Honte à vous, les gens du communisme, qui soutenez une idéologie qui fit " cent vingt millions de morts ". Mais, mon dieu, quelle lassitude, Messieurs, que d'endurer votre essentielle et perpétuelle comptabilité macabre, votre Livre noir du communisme, comme s'il s'agissait là d'une massue idéale et parfaite à l'égard des deux questions que vous voulez, en réalité, occulter, celle de l'absence de justice présente et celle de la valeur éternelle de l'hypothèse de la communauté, de l'Idée même du communisme !
Il est sûr que votre idéologie de charognards, à moitié inconsciente, votre capitalisme, est d'enfance innocente et d'haleine au menthol : que faites-vous donc, lorsque vous établissez vos comptes mortifères, au Figaro, des 3 millions de victimes de l'agent orange et du napalm vietnamiens ? Et, puisque vous voulez donner des leçons expéditives d'Histoire, de l'originaire traite des Noirs, de l'extermination des Indiens d'Amérique, de la colonisation, des causes éminemment capitalistes de la première guerre mondiale (et, donc, en conséquence, de la deuxième) ? De qui se moque-t-on au petit jeu de massacre, sinon d'une mémoire plus attentive et nuancée que la vôtre ? Il ne nous serait pas difficile, vous, les capitalistes, de vous reconnaître champions du monde de l'anéantissement des masses à travers l'histoire. Le nazisme n'est-il pas, finalement, de votre côté, ce Fou même qu'il vous reste à penser sur l'échiquier de vos pas de fée légaux, continuellement et discrètement fascistes : votre Marianne ne tient-elle pas d'une certaine Marine, en ces temps faisandés de sarkozysme, bien que vous dénonciez avec hypocrisie l'autonomie et la radicalité avouée de la Bête lepéniste - cette Belle qui, finalement, vous sied ?
Je sais bien, cher Luc Ferry, que vous aimeriez que les " hirondelles de la mort " soient d'un unique côté, le nôtre. Ce serait tellement plus simple, pour les escadrons actuels et silencieux, systématiques, de votre barbarie par indifférence, ces 9 millions de morts de faim et de maladie dans le monde chaque année. Et pour cette mort symbolique que le système administre quotidiennement, dans les pays riches, eux-mêmes, aux sujets, à ce qui s'appelle réellement un Sujet, au sens le plus philosophique du terme - un Sujet, disons-nous, pas un spectateur, un producteur, un consommateur... Mais savez-vous ce que c'est, cette seule chose en nous qui fait que la vie ait un sens, et qui n'est pas réductible à la saveur d'une boîte de Coca-Cola et au temps de cerveau disponible pour le désir de consommer ? Cela s'appelle, ce sens, un Sujet. Un sujet vraiment collectif.
Votre courte pensée fonctionnera tant que nous éviterons de penser. Seulement, nous, les communistes, nous pensons, et nous pensons justement que tout homme peut penser.
Toujours votre même terreur en gants de velours : " Ne bougez plus, d'ailleurs vous êtes morts, vous êtes terminés. Staline vous a tués, vous-mêmes..." Et vous osez parler d'une mode du communisme, chez les jeunes intellectuels... Nous nous réveillons en effet le matin en pensant : " Tiens, et si je mettais un beau costume de marxiste, histoire de faire punk-chic, ou de renouveler la bobo-itude ? " Croyez-vous donc que nous avons fait à ce point nôtre la superficialité marchande et de marque de la consommation sans but - ce sans but qu'au fond vous soutenez. Que vous parliez de mode communiste chez les jeunes intellectuels prouve assez que vous ne pensez déjà plus qu'à travers de telles catégories... Vous acceptez, vous, un pur matérialisme d'errance et d'appropriation, sans fin humaine réelle. Mais pour qui nous prenez-vous ? Mépris de votre génération d'intellectuels installés pour notre nouvelle génération, et qui croit un peu vite avoir liquidé la pensée 68 qui nous vit naître. Mépris, surtout, de la situation politique, des enjeux actuels, et de cette saine révolte de la communauté qui sourd d'un peu partout, mais à laquelle vous aimeriez justement rester sourds.
Ces pauvres philosophes droitiers oublient qu'ils ont, eux, oublié le sens même de la philosophie, se tenant seulement dans la réaction journalistique. Nous pouvons faire de même, voyez-vous, le procédé étant tellement aisé. Et, bien sûr, nous serions, nous, les crétins, les influençables, les victimes de l'opium marxiste. A moins que vous ne soyez, vous - ce qui est plus probable - les clowns-philosophes du pouvoir d'institution, les points zéros de la philosophie, et de la politique authentique.
Fabien Tarby.

*http:/1000ripostes.blogspot.com/

Pourquoi EcoRev'

Revue écologiste de réflexion et de débats, EcoRev' est un outil au service des acteurs et actrices des luttes pour la transformation sociale et écologiste à l'échelle planétaire, qu'ils/elles viennent de l'écologie, des mouvements sociaux, de la gauche critique ou des mouvements citoyens non partidaires émergents face à la mondialisation libérale.
Depuis Seattle, un nouveau cycle de contestation et de transformation s'est ouvert. EcoRev' entend contribuer à donner un contenu propositionnel au renouveau actuel des forces citoyennes et écolos, notamment en entreprenant de réactualiser la pensée anti-productiviste face aux nouveaux défis d'un capitalisme globalisé et aux enjeux de la mutation informationnelle.
Fondée en 1999, EcoRev' est animée par des militant-e-s et chercheur/ses écologistes qui ne se résignent ni à l'endormissement de l'écologie dans la gestion, ni à la dilution du paradigme écologiste dans une gauche social-libérale. Il s'agit d'imaginer et de construire l'utopie du siècle qui s'ouvre.
Chaque saison voit un numéro paraître, composé d'un dossier thématique, d'articles variés sur des thèmes d'actualité ("pistes"), de recensions d'ouvrages, ainsi que d'un "kit militant".
La rédaction d’EcoRev’
http://ecorev.org
Deux des fondateurs nous rappellent la naissance du Cercle.

Pourquoi "GRAMSCI" ?

Lorsque voici 25 ans quelques communistes critiques prirent l'initiative de proposer un cercle de réflexion marxiste en Limousin, ils choisirent le nom d'Antonio Gramsci, "Le vieux se meurt, le nouveau tarde à naître, et dans cet interrègne surgissent des monstres", avait écrit ce philosophe, fondateur du PCI, mort à 46 ans après 10 ans d'emprisonnement dans les geôles de Mussolini.

Gramsci ne pensait pas que près d'un siècle plus tard l'interrègne serait toujours là. Nous non plus. "Donnez-nous des formes nouvelles", écrivions-nous, reprenant dans une de nos premières lettres la célèbre maxime de Maïakovski.
Nous ne savions pas qu'une multitude de formes nouvelles allait survenir, lesquelles ne permettraient nullement, bien au contraire, de supprimer l'exploitation de l'homme par l'homme.

Cependant, dès la première heure, associant "l'optimisme de la volonté au pessimisme de l'intelligence", des militants de toutes origines ont répondu à l'appel, participé à la création du cercle, et l'ont fait vivre : socialistes critiques, trotskystes, anarchistes, anciens acteurs de 68, puis écologistes, altermondialistes, antiproductivistes et autres, tous réunis par une volonté commune de résistance, à l'ordre établi, au règne de l'argent, à l'accroissement infernal de l'injustice sociale, tant dans notre pays que dans ce monde fini qu'ils voulaient comprendre, et dans lequel ils voulaient être des acteurs.
D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Les débats n'ont pas manqué, animés, parfois un peu rudes mais toujours chaleureux, aussi bien dans les soirées publiques du Cercle que dans La Lettre qui les annonce, les présente et les reproduit.
Le bilan de toutes ces années est "globalement positif". En premier lieu, aucun enjeu de pouvoir ne nous a jamais divisés. Le bureau, où chaque candidat est admis d'office, se réunit tous les mois depuis notre naissance et organise des soirées toujours d'entrée libre et gratuite, dans un consensus remarquable. Il va voir passer au cours du temps sans doute plus de cinquante bénévoles. Les abonnés de nos centaines de lecteurs - beaucoup d'entre eux à un tarif de soutien -, et les invités - tous venus gracieusement, d'audience souvent nationale et qui ont attiré parfois des foules -, nous ont permis une totale indépendance financière.

Les 148 lettres bimestrielles éditées à ce jour - sans compter des dizaines de lettres supplémentaires -, contenant jusqu'à 24 pages, ont diffusé de très nombreuses contributions, dont certaines approfondissaient ou critiquaient le débat précédent, voire aboutissaient à un second débat. Une "auto-école", réunissant une ou deux dizaines de participants sur un thème plus pointu, fonctionne également, à vrai dire pas assez souvent, dans le château de Ligoure où se confectionne notre lettre, et où se déroule la réunion de bilan annuelle.
Nous avons souvent organisé avec succès des soirées en commun avec bien d'autres organisations locales. Un essai de "forum de l'écologie et du développement" avec 4 ou 5 d'entre elles n'a pu fonctionner que 2 ou 3 ans. De même, notre adhésion au réseau Icare, organisme national d'échanges, n'a pas donné les résultats escomptés. Mais notre principal regret est de n'avoir pu réaliser une véritable parité dans le bureau. Si nos abonnées sont en nombre important, les femmes qui participent à l'activité du bureau restent très minoritaires, et se cantonnent souvent à des tâches pratiques. Sans elles pourtant le Cercle ne pourrait pas tourner...
Notre cercle Gramsci, développant une réflexion pluraliste dans la gauche radicale, alliant l'oral et l'écrit sur une longue période, est peut-être bien unique en France.. On trouve des raisons de son succès dans l'histoire de notre région Limousin, "terre sensible et rebelle". Résister, c'est créer, dit-on. Nul doute que la Résistance limousine va continuer, et le cercle Gramsci y apporter sa pierre.

Claude Gobeaux.

Bien chers amis et camarades,

Comme le temps passe, vingt cinq ans déjà !... Je n'ai pas gardé la mémoire exacte du nombre que nous étions, ni de la date précise. Je sais seulement que c'était dans les premiers mois de l'année 1986, salle Jean-Pierre Timbaud, que nous avons décidé de créer le cercle GRAMSCI en mémoire de ce grand intellectuel italien, mort dans les geôles du fascisme mussolinien.
Ce dont je suis certain c'est de la présence de Claude Gobeaux, Pierre Mahaut, Gérard Bombel, Alain Farrugia, Annie Labracherie, Jean Chatelut et Paul Le Saux, et de moi même. Peut-être étions nous plus nombreux, en ce moment fondateur ?... “Yo no lo se”.
Ce cercle fut créé dans le projet concret de construire un espace d'échanges et de savoirs. Croiser les expériences entre ceux qui éprouvent la souffrance au travail, et à qui ils manquent la méthode et les outils de réflexions utiles à leur émancipation. Et ceux qui pensent sans sentir, et à qui ils manquent un peu de terre sous les pieds. Oui !! Un lieu de fertilités croisées, tissées par des transferts affectifs, intellectuels et moraux, de paradoxes et d'ententes, de coups de gueules, d'amitiés, et au final de bonnes bouffes.
Ce cercle ouvert à tous ceux, et à toutes celles qui s'interrogeaient, cherchaient des réponses à leurs questions.
Militants communistes, socialistes, anciens du PSU, verts, camarades de l'action catholique ouvrière, anarchistes, ou bien tout simplement des personnes qui ne se représentaient que d'elles mêmes. Que de débats passionnés avons nous vécus, mêlant les peurs, les joies et nos désirs d'être !
Ils me reviennent ces souvenirs avec force et émotion. J'avais 36 ans. Je partageais pleinement les propositions de philosophie politique d'Antonio Gramsci, œuvrer pour passer de la phase " égoïsto passionnelle à la phase éthique ". Je les utilise toujours, mais autrement ! L'analyse étant passée par là.

Le cercle n'a pas failli aux objectifs qu'il s'était fixés. Et il faut bien le reconnaître, il est très rare sur un plan local, qu'une expérience ait duré aussi longtemps et continue d'exister avec toujours de nouveaux projets. (La bibliothèque Freudienne fondée en 1984 aussi).

Le Cercle continuera d'écrire son récit dans le paysage intellectuel et philosophique de notre modernité. Il a fait trace, il continuera d'ouvrir la voie en situant les nouveaux enjeux, en dégageant les problématiques. Pour aider à l'action contingente, et à l'avènement d'une meilleure société des hommes.

Salut et fraternité,
JEAN PIERRE NARDOU.