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Soirée organisée avec France Amérique Latine le 13 janvier 2009
Philippe Naneix introduit
la soirée :
Le Tribunal permanent des peuples
(TPP) a été appuyé lors de sa création par la fondation Lelio Basso. Lelio
Basso était un des membres du tribunal Russell. À l'origine, le but était de
rendre permanente la fonction qu'avait le tribunal Russell " en garantissant
un espace de visibilité des jugements sur les violations massives du droit
des peuples, espace institutionnel au niveau national ou international ".
Cette problématique est intéressante pour le cercle Gramsci dans la mesure
où il y a des violations massives qui sont peu prises en compte par les
instances (notamment par la Cour pénale internationale) : les violations
liées à des actions économiques.
La Cour pénale internationale ne traite pas des crimes économiques. Si on
regarde ce qui se passe en Amérique latine, on voit que des actions que l'on
peut qualifier de criminelles sont menées autour de l'exploitation de
ressources naturelles, autour des pillages des pays. Le TPP n'a qu'un rôle
éthique, mais l'éthique a aussi un pouvoir : celui de mettre en évidence les
lacunes du droit international. Il permet aussi aux victimes de s'exprimer ;
cela permet de créer des archives sur lesquelles on pourra articuler une
histoire.
Est-ce que les travaux de ce tribunal disposent de suffisamment de relais ?
Quels sont les types de relais du travail du TPP, et comment un débat
contradictoire peut-il s'articuler autour des activités de ce tribunal ?
Paloma León de France Amérique Latine (FAL), explique pourquoi cette
association est partie prenante dans les Tribunaux permanents des peuples.
Au départ, FAL est une association de solidarité internationale qui
travaille depuis plus de trente ans à dénoncer les atteintes aux droits
humains en Amérique latine et aux Caraïbes. Elle travaille aussi à
construire une réflexion nouvelle sur les alternatives au développement
néo-libéral.
En effet, créée au moment des dictatures et lors de l'arrivée massive
d'exilés politiques, France Amérique Latine s'est donnée pour mission
d'appuyer les luttes populaires en Amérique latine et de dénoncer les
actions commises contre les droits humains. Avec le développement des
accords de libre-échange entre les gouvernements des deux continents et à la
suite du Forum social européen de novembre 2003, des organisations sociales
et de solidarité internationale d'Amérique latine et d'Europe ont décidé de
résister conjointement à l'avancée du néo-libéralisme dans ces deux régions
du monde, en se regroupant au sein d'un réseau bi-continental. La première
expérience fut l'organisation au Mexique d' Enlazando Alternativas
(expression traduite en accord avec Braulio Moro par : " En tissant des
alternatives ").
Cette première rencontre s'est tenue en marge du troisième sommet des chefs
d'États et de gouvernements de l'Union Européenne, d'Amérique latine et des
Caraïbes en 2004. Puis le réseau s'est organisé, d'abord dans une première
réunion à Bruxelles, puis dans une autre dans le cadre du Forum social des
Amériques à Quito en juillet 2004 et au cours du Forum social européen de
Londres en 2004. Enfin il y eut le Forum social de Porto Alegre.
Les rencontres d'Enlazando Alternativas se sont tenues à Vienne entre le 10
et le 14 mai 2006, alors que la plupart des pays d'Amérique latine avaient
renouvelé leurs gouvernements et intégré de nouveaux membres. Les accords
entre l'Union Européenne, l'Amérique latine et les Caraïbes, les politiques
de développement et les politiques militaires ont été discutées. Le Tribunal
permanent a aussi été créé pour mettre en accusation le fonctionnement du
système de pouvoir des transnationales européennes, tant en Amérique latine
qu'au sein de l'UE.
Ces rencontres d'Enlazando Alternativas ont compté 5000 participants. La
diversité des organisations qui les ont suivies sur les deux continents et
la présence de chefs d'États comme Hugo Chávez ont contribué à consolider
des campagnes et des actions bi-régionales. Les réseaux participant au
Tribunal permanent des peuples ont saisi l'occasion pour établir des
coopérations bi-régionales dans une campagne contre les entreprises
transnationales et le régime actuel du commerce et de l'investissement.
Cette nouvelle alliance entre les sociétés civiles des deux continents
cherche à construire un monde fondé sur la paix, la démocratie
participative, la justice sociale, les droits humains, la souveraineté
alimentaire et le droit des peuples à l'autodétermination. Cet espace
véhicule les luttes actuelles, les résistances populaires émergentes et les
visions sur les alternatives pour les deux régions. Ce réseau a ouvert un
espace politique d'action et de réflexion communes ; il s'affirme comme un
espace politique bi-régional ouvert aux mouvements sociaux, aux syndicats,
aux ONG, aux organisations paysannes, politiques, écologiques, indigènes, et
aux réfugiés. Il est mobilisateur d'initiatives renforçant la résistance aux
politiques néo-libérales des gouvernements européens qui affectent les deux
continents.
Les dernières rencontres ont eu lieu à Lima en 2008. Braulio Moro y a
participé parce qu'il est aussi acteur de ces rencontres.
Il nous expliquera exactement quel est son rôle dans ces rencontres. Notre
comité local de FAL participe modestement à ce réseau en appuyant la lutte
des Mapuches pour la reconnaissance de leur peuple par le gouvernement
chilien. Par exemple il appuie leur lutte contre les multinationales
chinoises et japonaises dans le sud du Chili, lutte pour un droit à la santé
qui reconnaisse des pratiques ancestrales, et pour le droit des Mapuches à
leur langue.
Évidemment c'est un programme énorme. C'est surtout France Amérique Latine
nationale qui est partie prenante dans ces rencontres, et dans la diffusion
de toutes les rencontres et de tout le travail qui se fait en Amérique
latine. Il y a des comptes rendus réguliers dans le magazine de FAL.
C'est un sujet qui n'est pas très connu, pourtant on peut faire des liens
entre ce qui se passe en Amérique latine et ce qui se passe ici en Europe.
Braulio Moro :
Je vais essayer de présenter rapidement en quoi consiste cette initiative
d'un Tribunal permanent des peuples, et pourquoi nous avons créé une
organisation bi-régionale Union Européenne-Amérique latine. Je vais aussi
essayer de répondre à quelques questions : À quoi ça sert ? Quels sont les
relais ? Quelle est l'efficacité de cette initiative ?
Un fait important que je voudrais mettre en avant, c'est que contrairement à
ce que les gens imaginent, l'Union Européenne (je parle de l'UE en tant
qu'union de 27 États) est le premier exportateur mondial. C'est la première
puissance économique mondiale : ce ne sont pas les États-Unis. Il faut se
rappeler que l'Allemagne est à elle seule le premier exportateur mondial, et
que parmi les dix premiers pays au niveau international, hormis les
États-Unis et le Japon, il n'y a que des pays de l'Union Européenne.
Une violente politique
de libre échange
La deuxième chose, c'est : de même que les États-Unis depuis des années ont
mis en place une politique d'accords de libre-échange, l'UE essaye de placer
ses pions un peu partout dans le monde. Et contrairement à ce que tout le
monde pense, elle le fait de manière très violente. La seule différence est
que les États-Unis agissent depuis toujours de façon plus pragmatique et
disent : " Nous sommes pour la signature d'accords de libre-échange ",
c'est-à-dire " Nous donnons la préférence aux échanges commerciaux ".
L'Union Européenne, plus hypocrite, dit : " Ce ne sont pas des accords de
libre-échange ; ce sont des accords d'association ". Ces accords comportent
trois groupes différents : la politique, la coopération, et bien évidemment
les échanges commerciaux. Si vous avez l'occasion de discuter avec un
responsable de la Commission européenne à Bruxelles ou avec un commissaire
européen (Pascal Lamy par exemple), il vous dira : " Nous sommes contre les
accords de libre-échange, et pour les accords d'association ". Depuis
quelques années l'Union Européenne a changé la politique qu'elle avait
suivie depuis longtemps avec ses anciennes colonies en Afrique et aux
Caraïbes, et aujourd'hui elle promeut des accords d'association. Il faut se
mettre en tête que l'UE est très active au niveau international et qu'elle
essaye à tout moment de gagner des parts de marché mondial, que ce soit aux
États-Unis, au Japon, ou en Chine ; et pour le faire, elle se sert des
entreprises transnationales. D'un côté il y a la politique des États, et de
l'autre il y a en parallèle la politique de ces entreprises transnationales.
D'autre part, dans la liste des 500 principales transnationales du monde, il
y a beaucoup d'entreprises américaines, certes, mais il y a à peu près la
moitié des entreprises qui sont de l'UE : Grande-Bretagne, Allemagne,
France, etc.
Le dernier élément à prendre en considération, c'est ce que représentent
l'Amérique latine et les Caraïbes aujourd'hui pour l'Union Européenne. Je
vais vous donner un chiffre : l'Amérique latine ne représente que 2,6% du
marché de l'UE. C'est peu ! La plupart des échanges de l'UE se font à
l'intérieur de l'UE. Mais quand on regarde pays par pays, on s'aperçoit de
choses très intéressantes : vous avez vu que récemment, à la fin de l'année
dernière, monsieur Sarkozy est allé au Brésil pour la signature d'un accord
de partenariat stratégique avec ce pays. Cet accord comprend entre autres un
accord militaire, et le Brésil va maintenant importer des sous-marins
nucléaires ; la question nucléaire vient de la France, c'est la coopération
française. Donc si on regarde par pays, on voit qu'il y a toujours quelque
chose qui intéresse les membres de l'Union européenne, au delà du chiffre de
2,6%.
L'Amérique latine et les Caraïbes ont des ressources naturelles, du gaz, du
pétrole, de l'eau, des ressources qui intéressent l'UE. En 2000 et à
l'initiative du gouvernement espagnol a été mis en place le premier sommet
Union Européenne - Amérique latine (en 2000, il n'y avait pas 27 pays dans
l'UE). Ce sommet s'est tenu au Brésil, et il y a eu une déclaration avec
quarante propositions de priorités : quarante priorités ou aucune, c'est la
même chose ! Mais ils se sont mis d'accord pour faire un autre rassemblement
en 2004 au Mexique sur la côte du Pacifique.
Au-delà du sommet officiel, quelque chose a marqué ce rassemblement : c'est
que le gouvernement mexicain a réprimé brutalement les manifestants. Nous y
étions. Des gens sont restés en prison pendant deux ans et demi avant de
retrouver la liberté ; c'est ce que l'on peut retenir de ces sommets.
Mais à partir de ces sommets, comme la mode était de parler de la question
sociale, l'Europe s'est mise à parler de la question sociale. En Amérique
latine le nombre de pauvres continuait à augmenter. Les gouvernements se
sont dit d'un côté et de l'autre de l'Atlantique : on va voir de quelle
manière on peut favoriser la question sociale en Amérique latine. Il faut
savoir que l'Union européenne a un accord de coopération, d'association,
signé avec le Mexique, et un autre accord avec le Chili. Depuis 1995 elle
négocie des accords avec les pays d'Amérique du Sud : l'Argentine, le
Paraguay. Elle est en train de négocier depuis quatre ans des accords
d'association avec des pays de l'Amérique centrale, à l'exception du
Venezuela, qui n'a pas voulu participer. Vous voyez : l'UE est en train de
placer ses pions partout.
Dans ce cadre-là, on arrive à l'année 2006. Le troisième sommet des chefs
d'États et de gouvernements a lieu à Vienne. Nous avons décidé de lancer une
initiative pour 2006 : la création d'un réseau Union Européenne - Amérique
latine. La spécificité de ce réseau était très précise. D'habitude en Europe
on fait des comités de solidarité en fonction de ce qui se passe en Amérique
latine ; des comités pour le Nicaragua, par exemple ; et en Amérique latine
on a la mauvaise habitude d'attendre la solidarité. Nous nous sommes donc
dit : " ça ne marche plus. On va se mettre à construire, à tisser un réseau
où on pourra avancer dans la prise de conscience suivante : ce qui se passe
en Amérique latine aura des répercussions en Europe. Il faut que les
Européens puissent se rendre compte de l'importance que ça a " :
La précarisation du travail, vécue depuis des années en Amérique latine, on
la voit avancer en Europe, les problèmes des immigrés qui se sont baladés
pendant des années en Amérique latine, on les voit maintenant débarquer en
Europe, la croissance de la pauvreté, on la voit en Europe.
De plus, on voit sous la bannière de la mondialisation les entreprises
européennes qui délocalisent pour aller s'installer en Europe de l'Est, mais
aussi en Amérique latine. Le problème pour nous, c'est que les gens de ce
réseau doivent travailler la main dans la main pour faire de nouvelles
propositions, pour résister ensemble contre ce que font les capitalistes et
les transnationales.
A partir de là, le réseau Enlazando Alternativas a proposé au Tribunal
permanent des peuples d'utiliser ses compétences pour juger des entreprises
transnationales et européennes pour ce qu'elles font là-bas et ici. On a
donc sollicité ce tribunal pour pouvoir établir une séance préalable
d'auditions sur ce que font les entreprises transnationales en Amérique
latine.
Comment décide-t-on que tel cas est présenté au TPP ? On a choisi au départ
une méthode qui me semble correcte : la condition pour pouvoir présenter un
cas au Tribunal permanent des peuples c'est d'avoir, en plus des victimes,
au moins deux organisations d'Amérique latine et deux organisations
européennes qui soutiennent le cas présenté. Enlazando Alternativas ne peut
être qu'un pont pour établir des rapports d'un côté comme de l'autre : à
partir des cas présentés devant le TPP, les victimes peuvent compter avec un
soutien, aussi bien en Amérique latine qu'en Europe. Cette méthode a été
approuvé dès le départ. En 2006 lorsque a eu lieu la première séance du
Tribunal permanent des peuples, trente et une entreprises européennes ont
été mises en accusation. Ces entreprises ont des maisons mères dans huit
pays de l'UE et sont implantées dans douze pays d'Amérique latine. Le TPP
s'est attaqué à cinq secteurs économiques importants : ressources
naturelles, finances, électricité, alimentation, eau. La question de l'eau
est l'un des cas présentés à diverses reprises lors du sommet de Vienne à la
première séance du TPP. Il faut savoir que La Lyonnaise des eaux est le
principale transnationale au niveau mondial, qu'elle est fortement implantée
en Amérique latine, qu'elle a participé à la privatisation de la
distribution d'eau en Bolivie, en Argentine, au Nicaragua, etc., et ce
toujours avec des résultats catastrophiques pour la population. Il y a eu
des cas aussi avec les deux principales banques espagnoles qui se sont
implantées depuis 1995 en Amérique latine, qui sont aujourd'hui les
principales banques en ce qui concerne les capitalisations en Amérique
latine, et qui sont en difficulté avec la crise actuelle.
Avant de commencer à parler de la session de Lima, il faut dire que le
Tribunal permanent des peuples n'est pas une juridiction qui juge une
entreprise. C'est plutôt de caractère moral, éthique ; c'est pour donner la
parole à ceux qui ne l'ont pas. Les victimes sont des gens qui ont été
escroqués, spoliés, et qui ont rarement l'occasion de dire ce qui leur est
arrivé.
Le Tribunal est composé de personnes de réputation internationale. Par
exemple en 2006, le président du TPP était un philosophe allemand ; l'année
dernière c'était un prêtre sociologue, directeur de revue ; il y a aussi un
professeur à l'université de Rome ; un juge de la Cour suprême de cassation
en Italie ; la présidente de la Cour suprême du Nicaragua : ce sont des gens
très connus dans leur spécialité pour leur compétence, mais c'est le
Tribunal lui-même qui décide comment sera composé le jury.
Il faut ajouter quelque chose d'important au niveau du cadre général.
Pourquoi doit-on s'intéresser à ce qu'est en train de faire l'Europe ? En
octobre 2006, l'UE a approuvé un texte intitulé L'enveloppe globale et la
perspective de l'année 2015. L'idée est simple : l'Union Européenne a décidé
de devenir la première puissance incontestée du monde, d'ici à 2015. Pour
cela elle a renforcé sa politique de libéralisation commerciale, ici en
France comme ailleurs : libéralisation des transport publics, de
l'éducation, de la santé… Ce type de politique se développe aussi au niveau
international par le biais de l'Organisation Mondiale du Commerce ou par le
biais du Fond Monétaire International ou de la Banque Mondiale. Ce sont des
mécanismes dont l'Union Européenne comme les États-Unis, comme le Japon,
comme les grandes puissances mondiales, se servent pour jouer à ce jeu
d'échec qu'est le commerce international. Dans ce cadre-là, il était plus
que jamais justifié de lancer en 2006 le Tribunal permanent des peuples.
L'année dernière à Lima, à l'occasion du cinquième sommet des chefs d'États
et de gouvernements, on a tenu une séance du TPP et vingt et une entreprises
ont été jugées. La plupart avaient déjà été présentées lors de la session de
2006. Elles représentaient douze secteurs économiques différents et
impliquaient neuf pays de l'Union Européenne et treize pays d'Amérique
latine.
Le conférencier projette des photos et les commente :
Il y a le cas de la Société des eaux de Barcelone, qui a obligé des
populations du Mexique à se déplacer.
Autre cas en Patagonie (Chili) : le problème qu'affrontent les habitants,
c'est la production fermière des saumons. La plupart de ceux que l'on mange
en Europe viennent de Patagonie. Actuellement il y a 2000 concessions
demandées par des entreprises pour produire du saumon au Chili. Les
entreprises qui sont déjà implantées ont pour objectif d'augmenter leur
production de 45% d'ici à 2010 et souhaitent la doubler d'ici à 2013. En
2013 le Chili devra assurer 40% de la production mondiale de saumon. Vous
pouvez imaginer les conséquences écologiques au niveau mondial sachant que
ce sont des transnationales qui sont derrière ce phénomène.
Un autre cas, c'est celui de l'industrie agroalimentaire : C'est l'un des
secteurs que l'Union Européenne a le plus développé en Amérique latine,
notamment en Colombie avec les plantations de palmiers à huile. Actuellement
des milliers d'hectares de terre sont pris pour la plantation des palmiers,
et ce sont des entreprises européennes qui ont ainsi déplacé des milliers de
personnes pour faire ces plantations.
Il y a des cas dans le secteur minier, en Bolivie, au Nicaragua, au Pérou,
en Équateur. Actuellement le gouvernement péruvien a 2000 projets pour
développer le secteur minier dans le pays avec l'aide d'entreprises
américaines, britanniques et australiennes, et avec les conséquences
écologiques que l'on peut imaginer.
Ce type de cas a été présenté à Vienne et ensuite à Lima avec l'idée de
demander au Tribunal une déclaration finale avec une proposition d'action
pour ce type de situation. La session qui a eu lieu à Lima a vu la
participation d'organisations du Brésil, de la Bolivie, du Chili, de
l'Équateur, du Pérou et du Mexique. Au total 189 organisations d'Amérique
latine et de l'Union Européenne se sont présentées. Cela représente le début
d'une prise de conscience et montre qu'il est nécessaire à chaque fois
d'agir de manière coordonnée pour empêcher que les transnationales
européennes et les capitalistes de l'UE se servent de la présence en
Amérique latine pour aller à l'encontre des acquis de la population.
Je voudrais également signaler le cas de Shell en Argentine.
Shell a réprimé les droits des travailleurs, a fait torturer des
travailleurs, a interdit le droit syndical, etc.
Comment s'est traduite la présentation des vingt et une entreprises à Lima ?
Le TPP a écouté toutes les déclarations, puis il s'est réuni pour délibérer
et émettre sa résolution finale. Toutes les entreprises qui ont été accusées
à Lima ont reçu une invitation pour participer et se défendre devant les
accusations portées, mais une seule entreprise a accepté de participer. Le
Tribunal tient à respecter toutes les procédures légales dans ce type de
situation.
Les conclusions prononcées
par le Tribunal
Le droit des entreprises transnationales est en train de dépasser les droits
de la population, les droits humains en tant que tels, c'est-à-dire que la
législation au niveau international a privilégié les droits des entreprises
au détriment des droits des populations. C'est une situation qu'il faut
inverser.
On assiste dans les vingt et un cas présentés à une situation qui permet de
conclure qu'il y a une violation régulière et permanente des droits humains
par les entreprises transnationales, sans que personne ne rende justice.
Il y a une complicité des entreprises et des gouvernements. La souveraineté
des peuples est bafouée. Prenons l'exemple de la Bolivie et du Centre pour
le règlement des différends en matière commerciale (CIADI) : quand dans un
pays il y a un conflit entre un entrepreneur étranger et l'État dans lequel
cet entrepreneur travaille, si il n'y a pas une solution à l'intérieur de ce
pays, l'entrepreneur pourra faire appel au CIADI pour régler la situation.
Dans les années 2000 à 2004 vous avez entendu parler de la guerre de l'eau :
les entreprises qui avaient participé à la privatisation de la distribution
d'eau avaient agi sans respecter les accords qui avaient été signés au
moment de cette privatisation. Des organisations se sont mobilisées pour
demander le départ des entreprises. Quand la Bolivie a demandé l'expulsion
d'une entreprise, cette dernière a présenté un recours devant le CIADI et
demandé deux milliards de dollars pour quitter la Bolivie. D'autres
entreprises agissent de la même manière avec d'autres gouvernements. Mais il
y a plus scandaleux : quand Morales est arrivé à la présidence de la Bolivie
en 2006, une de ses premières décisions fut de se retirer du CIADI en disant
que cette instance ne respectait pas les principes de l'impartialité ; mais
malgré cela les entreprises transnationales continuent à présenter des
demandes contre la Bolivie devant le CIADI. La Banque Mondiale (et les
gouvernements européens qui sont derrière elle) accepte ces demandes
illégales. Ce sont ces situations qu'il faut dénoncer,
Le Tribunal permanent des peuples a décidé de présenter ses conclusions et
le dossier avec toutes les accusations qu'il y a eu à la session de Lima,
devant l'Organisation des Nations Unies, de demander au Conseil économique
et social des Nations Unies son intervention, et de solliciter le Conseil
des droits de l'homme des Nations Unies. Il a présenté également ses
conclusions devant la Cour européenne des droits de l'homme. Pour l'instant
il n'y a pas de réponse. Quand nous avons décidé de créer le Tribunal, nous
avons pensé que nous pourrions percevoir ce qui se passait derrière ces
transnationales. Derrière elles c'est l'OMC, la Banque Mondiale, le FMI, les
gouvernements, etc. Et c'est ça qu'il faut affronter. Il faut changer les
règles de ce système.
A Lima, des Brésiliens se sont présentés pour demander des comptes à un
laboratoire allemand qui participe à des projets au Brésil à travers la
Banque nationale de développement économique et social. Cette entreprise
demande le soutien de la banque publique brésilienne ; à partir de là
Enlazando Alternativas s'est mis en contact avec des populations du Brésil
et le cas a été présenté devant le Tribunal. Après la demande présentée
devant le TPP à Lima, la Banque de développement économique et social s'est
sentie interpellée et pour l'instant le projet est stoppé.
En 2010, le prochain sommet des chefs d'États et de gouvernements se tiendra
en Espagne. En parallèle il y aura un contre-sommet d'Enlazando Alternativas
avec des organisations de l'Union Européenne et d'Amérique latine, et nous
allons demander au Tribunal permanent des peuples de participer à nouveau
dans une session pour continuer à juger les entreprises transnationales en
Amérique latine et dans l'UE.
La France est très présente dans les domaines de l'eau, de
l'agroalimentaire, de l'électricité. Ses entreprises sont en Amérique
Latine. Quand le président Sarkozy avait présenté ses objectifs pour la
présidence, il en avait fixé quatre : immigration, environnement, Europe de
la défense et Traité de Lisbonne. Dans les quatre priorités, il y a des
évolutions qui sont contraires aux intérêts de la population. Les immigrés
vivent dans des conditions de plus en plus épouvantables. Dans le cas de la
Défense, il y a aussi des choses injustifiables.
Le débat
Un intervenant : Qu'est ce qui sous-tend juridiquement le Tribunal permanent
des peuples, et qui le finance ?
Un intervenant : J'avais la même question avec une variante. Quels sont les
sujets qui se cachent derrière le TPP ? Par sujets, j'entends : quels sont
les acteurs, associations ou partis politiques éventuels, qui œuvrent
derrière ce tribunal populaire ? Sont-ils identifiables, ou cachés ?
Un intervenant : Sur un plan plus général, le tableau que tu nous fais de
l'Amérique latine à l'heure actuelle semble contradictoire par rapport à ce
qu'on dit dans les milieux de gauche ou même dans la grande presse, à savoir
qu'en Amérique latine il y a en ce moment des avancées. Toi, tu nous
présentes une accentuation de l'exploitation, alors que les gouvernements se
présentent comme plus sociaux qu'autrefois. Cela voudrait donc dire que les
gouvernements prétendus démocratiques ou populaires en Amérique latine,
c'est une espèce de façade ? Par derrière, ils laissent la porte ouverte à
l'impérialisme, notamment européen ?
Un intervenant : De passage à Limoges, j'ai fait partie de France Amérique
Latine à Poitiers et longtemps à Paris. J'ai participé au Tribunal
international en Colombie, et c'était le même problème avec une
multinationale anglaise qui avait utilisé des groupes paramilitaires pour
exproprier les paysans. Ce sont les mêmes problèmes dans ces régions où l'on
produit les agro-carburants que consomment les Européens. Des milliers
d'hectares plantés de palmiers ont été expropriés par la force et des
milliers de paysans ont été tués par les paramilitaires. Le consommateur
européen doit savoir que ce qu'il consomme à bas prix fait des milliers de
morts, des veuves, des orphelins et de la misère dans un pays aux terres
contaminées et stériles. On ne peut plus pêcher ni cultiver. Par rapport à
la question posée tout à l'heure, c'est vrai qu'il y a des gros intérêts des
multinationales. Je vais donner un exemple : c'est vrai que chez Chávez, en
Équateur ou encore en Bolivie, il y a des processus qui ont trop peu avancé.
Mais qu'est-ce qui se passe là-bas ? Qu'est-ce qu'on entend en Europe ? Que
Chávez, c'est le diable. Mais si on applique la logique du TPP, quel est le
délit de Chávez ? Il a développé une politique d'indépendance alimentaire et
énergétique. Celles qui sont affectées par cette politique, ce sont les
multinationales et à l'intérieur du pays les classes sociales qui vivaient
de ce système de corruption et qui bradaient le pays aux multinationales,
c'est tout. C'est cela, l'opposition ; ce n'est pas un mouvement de façade.
Par contre, excusez-moi, mais la gauche européenne a évolué plutôt vers le
centre et la social-démocratie, et a trouvé une place dans ce système de
développement où on fait de la coopération sans dire toutes les conséquences
qu'elle a : sociales, environnementales, et de dépendance. En développant
les OGM on accroît la dépendance. On anéantit le développement d'un pays. Je
ne vois pas la contradiction à ce niveau-là. Il y a des processus
révolutionnaires qui se font avec un appui populaire, et c'est vrai qu'à
l'intérieur il y a des oppositions. Ici en Europe on ne parle pas de ça, ni
de la culture, ni de l'éducation, ni de la santé. On montre les manifs des
opposants, mais on ne parle pas des acquis de ces processus.
Braulio Moro : Qui sont les gens du Tribunal et comment est-il financé ? Le
TPP vient du tribunal Russell instauré pour punir les crimes commis pendant
la guerre du Viêt-Nam. Dans les années 1970, un Italien qui avait fait
partie du Tribunal Russell a pris l'initiative d'un tribunal concernant les
conséquences des dictatures militaires en Amérique latine. Depuis, les
membres du TPP sont des professionnels comme moi, et des spécialistes
reconnus par l'ONU : des consultants, des conseillers. Par exemple pour la
session de Vienne en 2006, la vice-présidente était Susan Georges, membre d'Attac,
et professeur d'économie à Paris. Vous la connaissez.
Les pouvoirs juridiques du TPP relèvent plutôt de l'éthique. À la fin d'un
procès, le Tribunal envoie ses résolutions finales à l'ONU et aux autres
instances internationales, qui alors peuvent éventuellement statuer pour
appliquer ses recommandations. Notre objectif est clair : nous servir de
l'expertise du TPP pour démasquer les agissements et les discours des
entreprises et des États. Nous ne sommes pas cachés.
France Amérique Latine et l'ensemble des réseaux sont financés par des dons,
des subventions (par exemple du gouvernement français). Les gens qui vont
aux différentes réunions payent normalement de leur poche.
En ce qui concerne la situation en Amérique latine, effectivement elle est
assez contradictoire. Depuis 1998, depuis que Hugo Chávez est arrivé au
gouvernement, il y a eu des changements. Au moins, on n'est plus soumis aux
politiques néo-libérales qui ont assombri l'Amérique latine pendant les
années 1980-90 ! Mais il faut reconnaître aussi que dans beaucoup de cas la
situation n'a pas changé. Voici un exemple : le Brésil est la principale
puissance de l'Amérique latine, le pays le plus grand, qui a des accords
stratégiques avec la France, avec l'UE, etc. Son président Lula Da Silva va
finir son deuxième et dernier mandat l'année prochaine. Le problème, c'est
ce qu'il y a derrière le discours progressiste et social-démocrate de Lula
Da Silva (par exemple sur le plan international : dénonciation des
agissements des États-Unis, etc.). Ce qu'on sait peu, c'est que pendant le
premier mandat de Da Silva, son vice-président était l'homme le plus riche
de l'agriculture brésilienne. Il y avait un problème, là, forcément. On a
une ambition progressiste et parfois des actes du gouvernement brésilien
dans ce sens, mais globalement on a perpétué les politiques mises en place
par son prédécesseur Cardos, à tous les niveaux.
Un autre cas, c'est Hugo Chávez. Je sais que le copain a raison : Chávez est
vu parfois comme le démon. Moi, au-delà des sympathies ou non pour le
personnage, je dirai qu'il y a la plupart du temps un discours incongru, qui
manque de cohérence. Je vais citer deux exemples. Je vous disais tout à
l'heure que la Bolivie a quitté le Centre international pour le règlement
des différends en matière d'investissements. Lorsque Evo Morales avait
annoncé ça, Hugo Chávez, Daniel Ortega et Rafael Correa (Venezuela,
Nicaragua, Équateur) se sont engagés eux aussi à quitter ce Centre. Pour
l'instant le seul qui l'ait fait, c'est la Bolivie. Les autres ont peut-être
oublié.
L'année dernière au Chili il y a eu un sommet ibéro-américain réunissant les
pays d'Amérique latine, le Portugal et l'Espagne. Il y a eu conflit entre le
roi d'Espagne et Hugo Chávez, auquel le roi avait lancé une grossièreté ("
Ferme-la ! "). Chávez a dit que c'était inadmissible, qu'il était prêt à
rompre les relations avec l'Espagne si le roi ne s'excusait pas, qu'il
allait exproprier on ne sait quoi… Quelques mois plus tard se sont réunis en
Espagne Hugo Chávez et le roi, et la première chose qu'a dite Chávez c'est
qu'il avait très envie d'embrasser le roi et qu'il lui proposait son pétrole
au-dessous des prix du marché. Il y a un problème de cohérence. Je ne dis
pas que le panorama soit tout noir. Mais on peut citer pays par pays : le
Chili, ou l'Équateur par exemple où il y a une situation contradictoire.
Rafael Corea à partir d'un travail remarquable fait par divers experts a
décidé de ne plus reconnaître une partie de la dette extérieure de
l'Équateur ; c'est une dette illégitime, bravo ! …mais en même temps il
continue à donner des concessions aux entreprises transnationales et il est
en conflit permanent avec les communautés indigènes parce qu'il donne à ces
entreprises (dont des européennes) l'exploitation des réserves naturelles.
Il y a ces situations contradictoires. Un des objectifs modestes que nous
avons à Enlazando Alternativas, c'est de confronter ces gouvernements "
progressistes " (avec ou sans guillemets) à ce qu'est leur discours et à ce
qu'est la réalité.
Un autre exemple : lors du sommet de Vienne en 2006 auquel Paloma a fait
référence, nous avions invité à participer à la séance finale Evo Morales,
Hugo Chávez et Fidel Castro. Les deux premiers sont venus, et le
vice-président de Cuba. La question clairement posée à Chávez fut : que
pensez-vous de la politique que l'Union Européenne est en train de
développer vis-à-vis de l'Amérique latine ? Il a répondu pendant deux
heures, et n'a pas dit un mot sur l'UE. Nous avons pris note de ce problème
et nous savons désormais avec qui nous pouvons compter, ou pas. Lors du
sommet de Lima de mai dernier on avait invité Rafael Corea, Hugo Chávez et
Evo Morales avec l'idée de faire un débat avec eux. Le seul qui a accepté,
c'est Evo Morales. Je ne nie pas qu'à l'intérieur du Venezuela il y ait eu
énormément de progrès, mais chez la plupart de ces gouvernements il y a une
contradiction entre ce que peut être une politique vraiment alternative à
long terme et les politiques effectivement menées. Nous en sommes conscients
et c'est pour cela que nous disons que la population, les syndicats, etc.,
doivent travailler à ce niveau-là. Enlazando Alternativas travaille par
exemple avec la Confédération paysanne, dont vous connaissez les positions
par rapport aux OGM. Vía Campesina est en confrontation permanente avec le
gouvernement brésilien.
Paloma León : Qu'est-ce qui se cache derrière le TPP ? J'ai envie de dire
qu'est-ce qui se cache derrière les Forums sociaux ? C'est la même chose. Ce
sont des bénévoles qui vont sur place, des ONG dont les membres voyagent à
leurs propres frais. Braulio Moro fait partie de Enlazando Alternativas. Il
est journaliste à RFI et on peut le remercier d'avoir pris un jour pour
venir ici à Limoges discuter avec nous. Quand il part à Lima, comme des
membres de France Amérique Latine le font, c'est en partie de sa poche et
sur ses vacances.
Les TPP depuis Vienne 2006 sont un cheval de bataille de FAL.
Braulio Moro : Ici en France depuis 2006 nous avons créé les CAL : Comités
Amérique latine. Avec France-Libertés, avec la Confédération paysanne, avec
des organisations d'émigrés péruviens et boliviens, au moins sur le papier
on est une vingtaine d'organisations. Au travers de réunions plus ou moins
régulières, on essaie d'échanger les expériences et de faire évoluer dans le
bon sens la situation, et en Amérique latine et ici. On essaie de travailler
ensemble parce que les conséquences, on les voit de plus en plus, ici et
là-bas. On n'a pas une position contemplative, on ne cherche pas à plaindre
les pauvres latinos, non, ça, y'en a marre ! Cela ne nous intéresse pas.
Deux intervenants signalent qu'au 5ème Forum social mondial à Belem à la fin
du mois, iront trois copains d'Attac Limoges. Après le retour de Belem, il
est prévu de rendre témoignage au cours de trois soirées en Creuse, Corrèze
et Haute-Vienne.
[…]
Braulio Moro : On essaye également d'approcher les grandes fédérations
syndicales européennes pour les associer, mais sans succès. En Amérique
Latine on a associé quelques syndicats et on espère que l'année prochaine
pour Madrid on pourra en associer d'autres et que l'on sera plus nombreux.
On a utilisé You Tube où l'on trouve quelques vidéos. Pour le cas de la
société pétrolière espagnole Repsol, il y a des vidéos qui sont très
parlantes.
Un intervenant : Est-ce que vous allez avoir des dossiers sur le Paris-Dakar
en Argentine et au Chili ?
Paloma León : FAL 38 a traduit une intervention d'associations chiliennes
sur les problèmes environnementaux que pose le Paris-Dakar, et les
oppositions qui se sont développées entre l'Argentine et le Chili à propos
du Paris-Dakar dans ces régions dont l'environnement est extrêmement
fragile.
Braulio Moro : En Amérique latine, l'organisation qui supervise l'ensemble
des associations qui font partie d'Enlazando Alternativas s'appelle
l'Alliance intercontinentale. Il y a des associations de défense de
l'environnement, de défense des femmes, des droits syndicaux, etc. Et aussi
bien du côté du Chili que du côté de l’Argentine il y a des mobilisations
contre le Paris-Dakar.
Un intervenant : On disait qu'il fallait qu'il y ait un partenariat des
associations européennes et des associations d'Amérique latine.
Braulio Moro : L'organisation argentine Amigos de la Terra a déjà fait une
mobilisation sur ce sujet, mais je ne sais pas s'ils sont sur Internet.
Un intervenant : Tu es un Mexicain ; j'ai lu un de tes articles paru dans Le
Monde diplomatique et je suis intéressé par ce qui se passe au Mexique, et
par la dernière intervention de Marcos où il disait " on n'est pas là pour
faire du tourisme internationaliste ". C'était un rappel à la leçon reçue
des paysans indigènes. Ce n'est pas très en rapport avec le sujet de ce
soir, mais il me semble un peu quand même, car le mouvement des tribunaux
permanents c'est quelque chose qui cherche à partir d'en bas même si il y a
des intellectuels, des experts. Et c'est vrai que faire des actes militants
en passant d'un continent à l'autre, même avec des militants bien
intentionnés, ce n'est pas forcément un acte qui correspond à de la
transformation sociale.
Braulio Moro : Le mois dernier l'Armée zapatiste de libération nationale a
développé au Chiapas et à Mexico le premier festival international de " la
rage digne ". Il a eu une soixantaine d'organisations mexicaines et trente
organisations européennes, et la thématique principale était la situation
internationale actuelle de crise du capitalisme. La presse mexicaine a
répercuté de manière assez intéressante les propos de Marcos ainsi que le
débat, mais ici on ne s'y intéresse plus depuis des années. La situation,
que ce soit au Chiapas ou au Mexique, est compliquée. Au-delà des histoires
de narco-trafic, le gouvernement mexicain est un gouvernement de droite et
il fait pression depuis longtemps contre les communautés indiennes pour
essayer de revenir sur les acquis obtenus ces dernières années. L'Armée
zapatiste n'a pas accepté de faire partie d'initiatives au niveau
international comme le Forum social mondial ; par contre quand ils
organisent des choses au Mexique il y a beaucoup de monde. En Europe l'Armée
zapatiste c'est comme un vieux souvenir, mais il faut savoir que ça
continue, que ça résiste, qu'il continue à y avoir des morts, et que la
responsabilité du gouvernement fédéral et celle du gouvernement du Chiapas
sont lourdes.
Philippe Naneix : Sur Internet on peut trouver les rapports de sessions du
Tribunal. Dans ces rapports il a la liste des associations qui y ont
participé, la liste des membres du jury et le rappel de ce qu'est le TPP. La
variété des associations qui participent et la variété des membres du jury
constitue un vivier de communication.
Compte rendu rédigé par
Monique Broussaud et
Marc Guillaumie.
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